6.2.07

Humanimal

Il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. – Pascal.

On nait tous coupables. La religion nous imprime cette culpabilité. Nous seulement on a bouffé le fruit défendu, mais en plus on a buté le seul type bien sur Terre, le fils de Dieu. Il est mort pour nous vous vous rendez compte. Ok certes il est mort pour nous, mais plutôt pour nous innocenter non ?! Bla ! Certains hommes ont besoin de nous condamner avant même que l'on soit né. Cela adoucit nos moeurs et compartimente notre bon sens. On ne se pose plus de questions, et on obéit bien sagement aux règles du monde libre. Alors on nous explique d'abord cette culpabilité avec Adam et Eve. Une espèce de bande dessinées pour illettrés qui prennent ça au premier degré. Pourtant, cette histoire illustre justement notre condition.

Au début, l'homme vivait insouciant, au sein du monde animal. Il vivait de chasse et de cueillette. Et puis l'évolution s'est pointée, et on s'est mis à discerner le bien du mal. Ca nous est tombé sur le coin de la gueule. Comme si un chien se trouvait trop poilu, et décidait que lever la patte ça le fait pas. Alors on a pris conscience de ce qui nous entoure. De la vie, et surtout de la mort. Et ça, ça fout les glandes. Surtout quand vous savez que votre temps est compté. Alors on le vit mal. Très mal. Et on se dit qu'on a du faire quelque chose de mal pour mériter ça. On aurait mieux fait de rester ignorant et insouciant. On se dit que ce savoir, on l'a volé, on aurait jamais du y gouter. Et puis, il y a l'arbre de la vie. Celui la, on a pas pu y gouter du coup. Dieu nous l'a caché. L'enfoiré. La vie eternelle, on y a pas droit. Pourtant, on sait l'imaginer nom de nom. Et ça nous met dans une rage folle. On a les idées de Dieu, mais pas le bonus, le ptit plus qui fait tout. On a la Porsche, mais pas les clés. On est un bel étalon au petit kiki. Un imposant chateau de cartes. Alors on s'imagine punis pour avoir tenté de ressembler à Dieu. Oui, ça peut être que ça.

Et puis il y aussi quelque chose qui nous échappe. Quelque chose d'impalpable et d'incontrôlable. Parfois nous avons tous ce sentiment de ne pas être maitres de nos destins. D'ailleurs, nous avons inventé le mot destin. Nous avons le volant, mais parfois les roues vont ailleurs. Et nous ne savons pas si les évènements nous façonnent ou si c'est nous qui façonnons les évènements. Le libre arbitre nous donne le vertige. Le moindre crime doit avoir son coupable, car nous ne supportons pas l'idée de hasard. L'idée que nous ne contrôlons rien. Nous nous sentons tels des joueurs de babyfoot enchainés à la pointe de l'attaque. Nous marquons, mais nous sentons parfois quelqu'un tourner la manivelle.

Alors soit on est effectivement coupable, soit Dieu est une ordure de nous faire subir tout ça. Et admettre que Dieu est une ordure, c'est d'autant plus flippant. Cela reviendrait à traiter d'enfoiré le type qui vout tient en joue, vous et votre femme. Alors vous préférez giffler votre femme. D'ailleurs vous décrétez que c'est elle qui vous a foutu la merde en vous incitant à bouffer la pomme. La culpabiliser pour mieux la contrôler. Et puis vous allez partir en guerre contre votre voisin, au nom de dieu d'ailleurs. Bien qu'inconsciemment, c'est contre Dieu qu'on part en guerre. Nous partons en guerre pour le toucher, ou le dépasser. L'arbre de vie nous est interdit, mais nous allons tenter de trouver une alternative. On aura pas la vie éternelle, mais on peut essayer de monnayer la vie des autres et de créer des "super-vies". Et les sous-vies qui vont avec.

Et puis il y a aussi les autres. Les autres. Ces animaux. Certains hommes subsistent toujours en accord avec la loi de la nature et cet environnement hostile. Ceux que nous appelons les tribus primitives, les indigènes. Ceux que nous nous empressons de martyriser et d'évangéliser pour mieux les contrôler. Leur faire oublier qu'ils ont raison. Qu'ils ont cette folie de raison qui leur fait accepter d'être nus, si faibles et soumis aux maladies. Cette folie de raison d'accepter de se frotter aux serpents, d'affronter l'hiver et les aléas de la chasse. Nous, hommes modernes, les trouvons aujourd'hui sots de passer à coté des plaisirs de l'eau chaude, de la télévision, du karaoke et des playstation. Pourtant ces hommes sont heureux. Ces hommes ne sont pas régis par la croissance, par la soif d'accumulation de capital et le désir d'emprise sur cette vie hasardeuse. Non, ces hommes peuvent concevoir de manger à leur faim et de ne posséder que l'air qu'ils respirent. Ces hommes n'ont pas renié leur animalité. Ils acceptent la cruauté de la nature. Les enfoirés. Et c'est pour qu'on oublie qu'il est possible d'être heureux ainsi que depuis des siècles on les massacre. Et parfois, on les force à aimer nos idoles. A devenir eux aussi les sous hommes dont nos meneurs ont besoin.

Notre plus grand malheur, notre malédiction, a été un jour de réaliser la souffrance qu'implique la loi de la jungle. L'agneau dévoré, la gazelle pourchassée. On a tous pris peur devant tant de cruauté. Alors les plus peureux d'entre nous ont érigé un matelas d'oseille les séparant du monde primaire. Un matelas de sous-hommes les séparant du règne animal. On commence par cultiver, accumuler de la nourriture, s'approprier des terres. Puis mettre tout ça sous clé. Et les autres devront travailler, encore et toujours, à la sueur de leur front, pour ouvrir le placard à bouffe. Et surtout, on devra leur désapprendre à cohabiter avec la Terre. Quitte à la pourrir au maximum. A la fin, il faut qu'on soit hyper dépendant. Dépendant du dentifrice, dépendant de la voiture, dépendant de la fourchette, dépendant du tshirt ou du slip. On est plus des animaux. On a dézingué notre planète, puisé ses richesses, massacré les espèces, mais on est plus des animaux. Ceux d'entre nous qui ont menés cette lutte se prennent maintenant pour Dieu. Ils sont aujourd'hui en passe de réussir leur pari. La prochaine étape sera de nettoyer leurs excréments. Les innombrables déchets de l'usine à dieux. Tous les hommes-déchets qu'ils ont créés et qui tôt ou tard devront disparaitre, de faim ou de force. Parce que la croissance infinie, vous y avez cru ? A un moment ou un autre, il faut faire un reset. Mais tout le monde ne le subira pas de la même manière.

Aujourd'hui nous assistons à une bataille. A un rejet. Le rejet de la nature par les hommes. Le rejet des hommes par la nature. Comme une greffe qui ne prend pas. Nous ne pouvons plus revenir en arrière. Les dommages causés sont irreversibles. Mais avant toute chose, pour avoir une chance, nous devons rejeter ceux qui mènent notre barque vers la chute. Ceux qui nous incitent à braver les lois de la nature. Ceux qui dictent notre façon de vivre en monopolisant médias et gouvernements. Nous ne pouvons plus continuer notre guerre contre Dieu et son jardin. Nous ne pouvons plus continuer notre mutinerie. Il nous faut retrouver la raison, et signer l'armistice. Quitte à accepter notre condition de mortels. Quitte à accepter de vivre. Il doit y avoir un juste milieu. Repenser une société à visage humain. Une économie qui prend en compte notre milieu et qui est axé sur le respect de la nature et de tous les êtres vivants. Une économie qui récompense l'altruisme et l'interêt public, et non l'égocentrisme et l'arnaque.
Oui, nous avons passé un cap. Le cap du rejet. Nous sommes le cancer de la nature, nous nous développons au mépris de ses lois essentielles. Nous sommes entre deux. Ni animal ni dieu.

5.1.07

1984 now

Putain j’ai maté les infos deux secondes tout à l’heure… un truc de dingue… A la une, les repas de traditions de l’épiphanie. Putain quel scoop, on se fait chier sur Terre ou quoi ?! Ca y est, on a trouvé le sens de la vie, la solution à la famine ?
Non mais bon dieu de merde, qu'est ce que c'est que ce bordel ? Et ça va en s'empirant en plus ? Avant ça se cantonnait aux dernières minutes du 13h, maintenant c'est le sujet principal. Alors je vous raconte même pas le reste des infos. A la fin j'étais littéralement en phase de décomposition sur ma chaise. Et on appelle ça, donc, les "informations". Incroyable, on m'aurait menti ?

J'ai besoin d'une petite mise à jour. Alors, un magazine régional et gastronomique, on appelle cela les informations. Par contre, les infos, on appelle ça maintenant des sites internets alternatifs. En plus, on vous les sert plus, il faut aller les chercher, c'est plus rigolo. Dans le même genre, y'en a d'autres. Une fausse blonde qui chante ce qu'il y a écrit sur le prompteur, on appelle ça une artiste authentique. Un abruti qui parle pour rien dire on appelle ça un intellectuel. Les fonctionnaires on les appelle les fainéants. Les smicards à vie on les appelle les privilégiés. Et ceux d'entre eux qui se plaignent on les appelle les connards. Quant aux rentiers qui arnaquent et détruisent le monde on les appelle "innovateurs", "créateurs de richesse", "moteurs des énergies". Le démantèlement des bonnes conditions de vie, on appelle ça la modernisation. Les défenseurs des interêts des employés, on appelle ça les ringards. Le travail à la chaine on appelle ça la liberté. L'aliénation on appelle ça l'épanouissement. Arbeit macht frei, c'est pas nouveau pourtant ?!
Les gens les plus sectaires, on les appelle les VIP, et on les prend pour modèles. La droite on appelle ça la gauche. L'extrême droite on appelle ça la droite. L'extrême gauche on appelle ça les ploucs ou les barbares, c'est selon. Et le centre, on l'appelle pas.

Sinon l'invasion d'un pays et le bombardement de ses civils, on appelle ça sa libération démocratique. Guantanamo, on appelle ça le monde libre. Rien de changé par contre au niveau des dictatures totalitaires qui pratiquent le capitalisme d'état, on continue d'appeler ça le communisme, personne n'a rien remarqué depuis le temps de toute façon.
Et puis, les USA qui torturent, c'est pas grave, Dieu est OK, et ça a pas l'air de poser de problème au pape. La Chine c'est OK aussi ils nous achètent du matos. On commencera à se faire de la bile quand ils seront trop nombreux et qu'ils auront plus besoin de nous. Là, on se prosternera comme des cons. Le Rwanda c'est une petite sauterie qui a dégéneré (800000 morts tout de même, soit 4 tsunamis, mais dieu merci nous ne passons pas nos vacances la bas); le Darfour on sait pas ou c'est, mais le 11 septembre, alors ça c'est une catastrophe humanitaire sans précédent, complot d'un berger machiavélique caché dans sa montagne et de ses accolytes malfaisants armés jusqu'aux dents (cutters, coupe papiers, cure dents). Si si, on a retrouvé leurs passeports dans les décombres des châteaux de cartes, euh, buildings.

Vous avez remarqué comme les gens ont la mémoire courte ici ? On ré-écrit l'histoire. La France collabo devenue résistante de toujours. Le colonialisme devenu utile et généreux. Les voies du front national, honteusement acquises il y a quelques années à un président de region, ça avait fait un scandale monstre, on exigeait des démissions. Aujourd'hui la droite quasi-fusionne avec le FN sur tous les thèmes, mais tout le monde s'en fout. De toute façon c'est pas grave, ils sont dans le coup, les autres ils sont ringards. On a l'impression que c'est la pire chose qui puisse arriver au citoyen français aujourd'hui. Etre ringard. La ringarditude qui chie la honte.

Pour être dans le vent, il faut à tout prix adhérer à ce nouveau et génial courant de pensée, découvreur de formules magiques. Putain travailler plus pour gagner plus mais c'est GENIAL. Comment n'y avait-on pas pensé ? Oh pitain les autres comment vous êtes ringaaaaards !!! GENIAL. Bravo. C'est vrai quoi, 35h, c'était trop, vous vous rendez compte, j'arrivais presque à trouver du temps pour penser ?! Gagner plus tout court c'est ringard, gagner plus pour travailler plus c'est cool. Mais alors, les actionnaires, ils sont ringards ? Chut ! Les actionnaires sont hyper cools, ok ?

Moi je gagne même plus assez pour partir en vacances. Heureusement, ils ont trouvé la solution. Plus besoin de partir en vacances, on supprime les RTT. Argument fatal : à quoi bon des vacances si on peut pas se les payer. Logique non ? Certains cherchent pas plus loin et trouvent que oui. Tiens d'ailleurs, quand on aura plus de quoi se payer à bouffer, comment est ce qu'on nous supprimera la faim ?

Le travailler plus pour gagner plus, est la base même de la nouvelle logique par l'absurde insufflée aux gens, qui y adhèrent les yeux fermés. On a faim, on est attiré par les boites colorés, les slogans simples et accrocheurs, sans se douter qu'on va acheter des vieilles boites de conserve recyclées et périmées qui vont nous refiler la chiasse. Quelle arnaque.

Le monde a arrêté de penser. Enfin, le monde, je m'en fous, c'est hors d'atteinte depuis longtemps. Mais la France, merde. C'était bien comme pays. C'était bien comme endroit. Maintenant la France s'apprête à se faire violer. Se faire démanteler, sous les hourras. Des futurs SDF qui démolissent en choeur leurs baraques. C'est la modernisation qu'on vous dit. Tout ce qu'il y avait de bien ici va partir à droite, à gauche, vendus aux enchères. Ce dernier lieu de service public, de confiance (nouvelle définition : paresse, mammouth, déficit public), va maintenant se transformer en "marché". Etre payé pour servir, va devenir arnaquer pour subsister. Oui, c'est la loi du marché. Renier toute possibilité de confiance, de service rendu. Nier la bonté et l'altruisme, nier la qualité intrinsèque de tout individu. Notre volonté ne nous pousse plus, c'est l'obligation qui nous tire, qui nous traine et qui nous racle.
Le service est remplacé par l'obligation de résultat, et la confiance par la dette.

De toute façon, c'était perdu d'avance. Ces neo-alchimistes ont compris comment convaincre les moutons du bien fondé de leur formule magique, de leurs thèses si cools. Suffit de faire peur. C'est radical. Et la jalousie aussi pour courroner le tout. Suffit de pointer du doigt les "privilégiés" qui n'ont pas d'épée de Damoclès au dessus de la tête comme les autres qui n'ont pas su ou pu se défendre. Suffit de trouver les quelques mammouths, qui, dépités d'années de travail sans contrepartie positive, dépités de la nouvelle stigmatisation que les gens ont à leur égard, deviennent les symboles de la paresse légendaire des fonctionnaires. C'est une tactique bien connue, quand on affame un groupe de gens, il faut les monter les uns contre les autres, dire que certains mangent en cachette, promettre une récompense à un autre, etc. Au lieu de se solidariser, de regarder les gardiens se goinfrer, les prisonniers s'entretuent pour des miettes.

Les gens se reveilleront, petit à petit, mais trop tard. Car aujourd'hui les gens qui dénoncent la supercherie, qui mettent en garde, on les voit comme des oiseaux de mauvaise augure. Ils sont ringards. Je suis ringard, putain mais regardez moi ce plouc. Même mes amis me traitent de "gaucho". Quand je leur demande ce que ça veut dire ils savent même pas. Et je peux même pas leur rétorquer "droito", ça existe pas. Et si je dis "facho" on me prend plus au sérieux. Ils ont tout prévu ces cons-là.

Mais bon, les gens se reveilleront. Quand on devra payer une assurance service pack serénité pour être sur que sa lettre traverse le pays. Quand on assistera au tirage au sort de la CAF la samedi soir avant le loto. Quand leurs frais d'hopitaux leur couteront un bras. Et qu'au bout du deuxième ils n'en trouveront pas un de plus, même en travaillant plus. Quand le "travailler plus pour gagner plus" excédera les 24h par jour pour pouvoir s'acheter de quoi bouffer. On nous aurait menti ? Non, on aura vite fait de les distraire avec je ne sais quoi, les étrangers, le chômage, une guerre contre l'axe du mal, contre ces connards qui osent se rebeller de pas avoir à bouffer. Et de vouloir garder leurs deux bras. Deux bras ? Pouah les ringards.

Desfois je me dis que j'aurais aimé ne pas savoir lire. Rester un abruti notoire. C'est tellement relou de lire des trucs, des romans, de la "science-fiction", au chaud chez soi et de se dire naïvement, "ouf, ça n'arrivera jamais". Et puis aujourd'hui on assiste à tous ces trucs, on voit les gens suivre comme des moutons cette dictature de l'absurde. Voir des gens qu'on aime, qui nous ont appris tout ce qu'on sait, ses propres 68-ards de parents, croire des slogans, adhérer à des thèses, adouber les néo-cons et la novlangue d'Orwell. Ces mêmes parents, qui nous sermonaient avant qu'on sorte "fais attention, ne parle pas à n'importe qui, ne fais pas de bêtises, n'accepte pas les bonbons", qui m'exortaient à épargner, à préparer mon avenir. Ce sont les mêmes personnes qui aujourd'hui continuent à détruire le monde sans se soucier de demain, en acceptant les bêtises qu'on leur sert. Après nous avoir attachés, arnachés, ils nous ont emmenés dans leur course folle sans regarder le précipice vers lequel ils nous dirigent. Le voient-ils ? Ou l'ignorent-ils ? Aveugles ou criminels.
Quel gâchis putain, que de temps perdu.

4.1.07

Mortal combat

C’est dur de me prendre en défaut. C’est super difficile. Il faut que je me laisse aller pour ça. Mais c’est chaud, car je suis toujours sur mes gardes. Je calcule tout, tout le temps. Mes pensées, mes paroles, même celle qui ne franchissent pas le seuil de ma bouche. Je peux évaluer tous les risques, imaginer les conclusions de discussions éventuelles, déterminer si j’interviens ou pas, enfin, faire des tas de calculs, sans pour autant avoir l’impression de calculer. Des calculs de feeling quoi. Ce n’est pas fiable à 100%, mais on peut atteindre du 99.99%. Au contraire du calcul numérique. Qui lui, a l'air fiable. 1+1=2 ça ne fait aucun doute. Alors que le calcul d’émotions, de sentiments, d’impressions, de groupes et de sous ensembles de sensations, ça, c’est autrement plus chaud. Et pourtant, nous, les humains, on est super doués pour ça. On a une super machine bien plus super que n’importe quel processeur double-cœur. Notre magnifique petite cervelle de piaf. Celle qui nous dit aussi de nous entretuer.

La mienne calcule tout tout le temps. Mais alors tout le temps. C’est peut être pour ça que j’en place pas une. Pourtant j’aime la complicité, être de bonne humeur, sortir des blagues, charrier tout le monde. Mais l’ambiance du moment s’y prête rarement. Je suis de moins en moins de bonne humeur. A cause de mes soucis de santé, et des soucis en général. Tout me soucie. A commencer par le boulot. Ca m’oppresse tellement que desfois mes calculs s’égarent, et déterminent qu’en levant mon poing gauche furtivement, ce client finirait de m’emmerder relativement vite, ce qui me soulagerait dans cette journée d’un poids non négligeable.
Pas si bête finalement cette petite cervelle. Elle se défend c’est tout. Mais avec toutes nos cervelles réunies c’est tout ce qu’on a trouvé. Se défendre de cet environnement que l'on ressent comme hostile, en nous entretuant comme des cons. Chacun ramasse une mitraillette et tire autour de lui en beuglant. Faute de voir l’ennemi, on l’imagine partout.

Car il y a bien un ennemi, et il y a bien une guerre. C’est ce que nos cerveaux, et nos cœurs, ressentent. Ils nous ordonnent de nous défendre, de nous débattre, comme un chiot entrain de se noyer. Comme un rat de labo, entouré de magnifiques fromages, faisant son parcours journalier, mais se tapant des décharges toujours plus fortes, venues de nulle part. Au bout d’un moment il montre les dents, et le premier venu en aura la trace indélébile.

'Faudrait qu’on s’arrête tous de vivre pour emmerder dieu. On stoppe tous au même moment, et on lâche un bon « j’t’emmerde je fais ce que je veux ! ». Et on se met à rien branler. On dort tous pendant deux jours. On joue à la playstation. Ah la v’la belle ton existence, ta création. Des milliards de bœufs qui jouent à la console.
Et oui faut vous y faire. Dieu est injuste. Oh on est coupables aussi, car au contraire des p’tits rats de labo, nous on sait quand même à peu près que c’est pas ratounet numéro deux qui nous envoie une décharge électrique et que ça sert à rien de lui trancher la gorge pour ça. Et les p’tits rats de labo ils vont pas t’inventer plein de prétextes qui disent que c’est la faute à la première ratounette qui était trop gourmande et qui s'est laissé berner par un serpent qui parle.

Oui, on est trop proches de Dieu. On est des quasi-dieu. Regardez, on arrive à créer des mondes virtuels. Sans contraintes ni souffrances. On arrive à soigner des animaux, à réparer des « erreurs » génétiques. On peut transplanter. On peut atténuer des catastrophes naturelles. On est de plus en plus maitres de nos destins. Même si, à la racine du tout du tout, on est maitre de que dalle, y a encore ce gros malin qui tire les ficelles, bien que quelques unes se perdent en chemin. L’homme fera tout pour faire perdre ces ficelles. Il voyagera dans l’espace, se protégera des catastrophes, des météorites, de toutes les maladies. Maitrisera l’atome à 100%. Rallongera sa vie jusqu’à la rendre sans fin ?... C’est la que viendra son dernier challenge. Le boss de fin de niveau. La cage en elle même. Après avoir lynché tous les matons, 'faut se faire la malle. Creuser un tunnel. Le temps. L’espace-temps. Comme si des acteurs d’une cassette vidéo voulaient s’évader du magnétoscope. La lutte est vaine… nous ne pouvons pas sortir de nous même. Comme on ne peut pas poser une retenue hors de sa cervelle. Pour sortir, il faudrait sortir de nos corps. Sortir de la matière. On se fera peut-être la malle, mais, va falloir y passer pour en avoir le cœur net.

13.12.06

Le coeur au bord des lèvres

Il faut que je m’exprime. Car sinon je tombe malade. Il faut que je fasse du sport et que j’écrive. Que tout cela sorte de moi. Il faut que ça cesse. J’ai des nausées, sans cesse. Des moments de panique, des sensations d’étouffement. Je suis dans un stress permanent, prêt à imploser. En fait j’implose tout le temps, mais n’explose jamais. Je vais pas trop mal à part ça. C’est la vie de tous les jours qui me stresse, et non mes problèmes perso, car je n’en ai plus beaucoup des problèmes. A part les petits tracas de monsieur tout le monde, le boulot, l’appart, l’argent... Et moi je suis dans un perpétuel état de gerbe, comme si j’allais me vider dans la minute, une minute qui n’est jamais venue. C’est comme vivre l’instant avant de mourir, c’est à dire la peur et la souffrance entremêlées. Ce court instant sensé être achevé par la mort salvatrice. Sauf que chez moi cet état dure une éternité et que je ne gerbe pas. Je me souviens plus du dernier moment ou j’ai vomi alors que j’ai des nausées tous les jours. C’est le stress et l’anxiété qui me mettent dans cet état. Je crois que je me rends compte que je suis coincé dans un boulot qui ne me plait pas, et, encore pire, dans une société qui ne me plait pas. Dans un monde qui ne me plait pas. C’est comme passer une soirée dans une boite enfumée et bourrée de cons avec de la musique de merde. On se sent très vite mal à l’aise. Sauf que là on peut pas changer de boite, on peut pas se casser du Monde. Alors ça me fout la gerbe. Ce matin j’ai du sortir du métro une station avant. J’arrivais plus à respirer et je me voyais déjà repeindre tous les gens autour de moi. Je vous raconte pas la panique. Mais ça c’est rien. Le pire c’est quand je suis assis à une grande tablée. C’est lorsqu’un festin se prépare que je suis au summum de mon incapacité à avaler quoi que ce soit.

En fait j’ai la flemme de faire un blog. J’aime bien m’appliquer et la j’ai pas trop le temps. Le boulot me prend la tête. Ca m’épuise. Je me sens esclave. On bosserait tellement mieux si la nourriture et le logement étaient gratuits. Qu’on ait pas le couteau sous la gorge et l’épée au dessus de la tête. Qu’on bosse pour des extras, et avec toute la bonne volonté du monde.
Tout ça est une question de pouvoir. Ce petit jeu perpétuel et absurde dans lequel on se fourvoie semaines après semaines jusqu'à la soixantaine. Aliénant, je prends toute la mesure de ce mot. Toute la journée. Faire de la lèche, pour espérer gratter 20 euros d'augmentation. Et 35 heures, c’est trop. Quand on est consciencieux, quand on taffe toute la journée, et qu’on fait bien son travail, c’est à dire, en y pensant, c’est trop. Je n’ai plus de temps et surtout d’énergie pour le reste. Je suis entrain de dépenser mon énergie, mon temps, et ma santé, pour quelques euros qui ne me servent qu’à me loger, dormir et me nourrir pour récupérer un peu d’énergie à re-dépenser pour la même chose. Pour des gens, des actionnaires, qui ont droit de vie et de mort sur toi. On est des putain de piles électriques. Des batteries rechargeables. Au service de quelque chose qui m'échappe.

Tout ça est une question de pouvoir. Le pouvoir, c’est la réponse à beaucoup des principales questions d’aujourd’hui. C’est à ça que se résume le sens de la vie pour la plupart des hommes. Car le pouvoir signifie la fin du hasard. Quand on peut, on est. C’est ça qu’on pense tous. C’est pour ça qu’on veut être riche. De toute façon tous ces cons finissent par crever un jour. Mais je suis sur que les plus puissants des puissants rêvent de transférer leur cervelle à volonté.Et pour avoir le pouvoir il faut avoir ses esclaves. Une grosse quantité. Plus y’en a et plus vous existez. Ils peuvent crever, on s’en fout, du moment qu’ils se reproduisent. Faut pas qu’ils soient trop exterminés non plus. Mais ne les aidez pas trop, sinon ils n’auront plus besoin de nous, et on aura plus le pouvoir.Quelle honte de mettre la bouffe sous clé. Quelle honte de dire que c’est le travail et l’effort qui sont les moteurs de l’humanité. Surtout que ceux qui disent ça sont des gros branleurs qui font tout pour être rentiers et ne savent manier que des mots, que des formes, sans jamais effleurer le fond. Ce sont ceux qui font du fric et toujours du fric qui s’affranchissent ainsi du travail en liant les autres.
Ya pas de faille, tout le monde y croit, même les plus désespérés. Même les révolutionnaires. Même les pauvres. Ils veulent tous être riches ! Et avoir le pouvoir à leur tour. Même moi je rêve de gagner au loto. Et je me gaverais dans mon coin, comme les autres, la honte en plus. Mais dans un sens ça peut se comprendre. Car la vie est une belle saloperie. Elle vous prend par surprise quand elle veut. Et le hasard est insoutenable pour des apprentis dieux. Pour des primates qui ont une cervelle de dieu sans en avoir les outils.

Alors c’est la guerre. Entre dieu, et les hommes. Dieu veut contrôler les hommes et les hommes veulent contrôler dieu. Appelons dieu la vie, le système dans lequel on vit, du big bang à aujourd’hui.Aujourd’hui, et de tous temps d’ailleurs, dieu peut se permettre de mettre une grosse claque dans le dos en forme de raz de marée, de piqûre de frelon ou de cancer à n’importe qui. Du dernier des salopards au premier des boy-scouts. Sans règle apparente. Comme un sniper qui tire au hasard au bazooka. En n’épargnant ni femme, ni enfant. Ni les vieux qui se prennent une bonne canicule dans la gueule, ni les mômes qui parfois ne dépassent pas la journée.Alors on nous dit de croire. Ouais, on veut bien croire. De même qu’on peut croire en l’amour, aimer sa copine. N’empêche que le jour ou elle se tire avec un autre par surprise on a le droit de maudire l’amour et d’être désespéré de se fermer à tout et de s’endurcir. Ca arrive à tout le monde. Prend toi une claque dans la gueule sans raison et me dis pas que tu vas la tendre direct sans appréhension. C’est même pas comme si t’y étais préparé. Comment veux-tu te préparer au pire ?! Moi je passe mes journées avec la gerbe au bord des levres en me préparant au moment où je repeins le mur ou les passants. Et c’est insoutenable. On ne peut pas vivre épanoui en angoissant perpétuellement. Les hommes, c’est comme ça. A chaque coin de rue ça peut se passer. Même quand tu dors. Mon frère, il s’est fait shooter par un caillau de sang et il a failli y rester bordel. Autant si on savait à qui on avait affaire, on pourrait s’adapter. Tu rentres chez un truand, tu es sur tes gardes. Tu rentres chez l’abbé pierre, tu te détends. Mais la, on est chez quelqu’un, qu’on nous dit le père de toutes chose, le bien absolu, qui prône le pardon, blablabla, et qui shoote impunément femmes et enfants, d’ou qu’ils viennent, où qu’ils soient. Ok, soit. Mais qu’on nous file pas la connaissance du bien et du mal. Laissez nous rester des abrutis notoires et on calculera même pas notre sort. On vivra comme des vaches à brouter toute la journée et la tu pourras nous en coller à volonté des ruptures d’anévrisme, sans qu’on bronche, sans qu’on se stresse avec toutes ces religions, armes nucléaires, capitalisme et tout le toutim. Comment accepter de monter sur une scène de théâtre et de bien jouer son texte lorsque l’on sait que les spectateurs sont tous des snipers ?! Comment accepter l’importance des sentiments et des émotions, lorsque la douleur et la terreur existent.

En ce moment je lis "Les Bienveillantes", et ça me tue. On a envie de fermer le bouquin à chaque page. Toute la violence qu’il contient, mais qu’on connaît déjà, qu’on imagine volontiers même… On s’attend pas à la voir étalée la, sous nos yeux, au sein d’un prix Goncourt. Comme un fantasme qui se réalise. On a envie de mourir. De faire la queue et d’attendre d’être allongé sur le ventre, avec les autres. Et on attend qu’un SS nous tire une balle dans la nuque, en espérant qu’il ne rate pas son coup. Je sais plus comment, je me suis retrouvé à lire le récit du massacre de Nankin, en 1937. C’était en me renseignant sur le communisme. Je voulais comprendre pourquoi ça marchait pas. Alors j'ai lu des articles sur Karl Marx, et la Commune de paris. De la Commune de Paris et sa semaine sanglante, il y avait un renvoi vers le massacre de Nankin, comme faisant partie de la catégorie "massacres" de Wikipédia.
Putain mais j’étais pas au courant. 300000 morts, 20000 femmes violées. Par les japonais, que j'ai toujours identifiés en victimes inoffensives, atomisés qu'ils furent par la suite. C'est le schéma qu'on nous inculque, il y a toujours des bons et des méchants. Des bourreaux sadiques et des victimes. Et ces victimes, à Nankin, ils ont fermé la ville, et l'ont violée, dans tous les sens du terme, en visant essentiellement les civils. Si seulement cela n'avait été que des éxecutions sommaires... Or ce fut essentiellement des tortures, viols et actes défiant toutes les lois de la raison et de l’existence. Par des jeunes recrues de l'armée. Des jeunes hommes loin de chez eux, qui s'attaquent à des civils. Un occidental n'aurait même pas été foutu de reconnaitre un chinois d'un japonais. Alors qu'est ce qui les différenciait à ce point pour que les uns veuillent réduire en pantin ou en poussière les autres ?

Un seul jour de ces semaines justifie la fin de l’humanité toute entière. Aucun baiser, aucune romance, aucune bonne action ou sacrifice ne justifiera jamais ça. A la sortie de l'école, on a l'image d'une guerre héroique, victoire du bien sur le mal. On connait les récits insoutenables du massacre des juifs. Mais le reste, on zappe, comme si ça sortait du domaine de l'acceptable. Car après, on sort du schéma bon et méchant. Car même les ricains, l'axe du bien, s'y est mis. La bombe atomique n'est pas l'épisode le plus glorieux de l'histoire. C'est horrible. Lisez les témoignages, les récits des jours qui ont suivi les deux bombes. Encore une, on aurait pu comprendre la soif d'expérience, la curiosité morbide. Mais deux, c'est du sadisme. Ils ont aussi remis ça au Vietnam, à coups de napalm où en faisant des petits "Nankin". Cela a eu si peu d'effet sur les consciences.
Car il ne faut pas que les gens se disent que l'axe du mal peut être chez soi. Même quand on leur dit, quand on leur soumet les évidences, ils l'ignorent. Sinon tout s'écroulerait dans leur tête comme deux buildings en châteaux de cartes. Alors il faut identifier un coupable et le déshumaniser coute que coute. Qu'il soit, loin, si loin de nous et de notre mode de vie immaculé. Aujourd'hui un berger machiavélique terré dans sa grotte. Durant la seconde guerre mondiale, ce fut Hitler la bête sanguinaire. Pourtant ce n'était qu'un homme. Comme vous et moi. Comme les soldats japonais ou américains. Un connard, une ordure sadique, un pur produit de la saloperie humaine. Reste le mot humain. Ce type, il a eu des parents, il a eu des amis. Mais la vie l'a mené à devenir le pire criminel de l'histoire. A Nankin, des jeunes gens, des ados japonais, se sont mis à violer et torturer des gens, des civils, durant des semaines. C'est pas comme si c'était un accident.
Moi aussi, j'ai peur de me demander ce que j'aurais fait à leur place. Ca me fait peur à m'en fiche la nausée.

Pourquoi on nous apprend pas Nankin à l’école ? Pourquoi on nous apprend pas la Commune ? Le communisme, c’est galère d’apprendre des trucs dessus. En sortant du lycée on a l’impression que c’est une secte satanique qui a rendu fou les méchants russes et dont les gentils américains essayent de nous délivrer. Et puis en se renseignant un peu on admet que c’est un concept humaniste, détourné par des tyrans. Staline était autant communiste que Bush un défenseur des libertés.
Le communisme n'est peut-être pas applicable, mais on peut tout du moins se pencher dessus, en apprendre les bases pour trouver un compromis, un juste milieu ? On a l’impression que Big Brother fait notre éducation en nous apprenant son mode de vie et pas un autre, en omettant des épisodes essentiels. On nous dit que le marxisme a tué des gens mais on nous raconte pas le massacre de 30000 communards au beau milieu de Paris pendant leur révolution qui était plutôt peace & love... un vent de liberté qui se termine en bain de sang. Leurs voisins d’arrondissements, des français qui massacrent des français, en s'alliant avec l'armée d'occupation allemande ! Une fête qui semblait donner tout son sens à la devise française : liberté, égalité, fraternité. Les nantis d'alors ont voulu rajouter le mot "massacre". Et ils se sont donnés tellement de mal, comme si ils avaient eu la peur de leur vie à l'idée de perdre leurs privilèges et que des pauvres gens puissent, pour une fois, échapper à leur contrôle. A chaque épisode similaire dans l'histoire, ces gens-là se font massacrer avec une ardeur, un acharnement hors du commun. Ainsi on a toujours préfèré financer des dictatures, au vu et au su de tous, plutôt que de risquer voir émerger un régime communiste. Regardez comment Chavez, élu par le peuple, s'est fait déboulonner par quelques tocards grace à l'appui scandaleux des américains. C'était hier, au sein de notre monde libre, et tout le monde s'en fout.

Il est devenu trop fatiguant de réapprendre, de chercher l'information. Il nous est presque interdit pour nos flasques cervelles de penser et d’aller contre toutes les conneries médiatiques et cinématographiques dont nous sommes gavés. Je veux pas partir en guerre contre tout ça, le capitalisme dans sa forme actuelle je le sens pas, c’est tout. J’aime bien mon pc, internet, les technologies actuelles, les films à effets spéciaux. Certes. Mais j'aime pas les marques, la concurrence, la langue de bois langue officielle du capitalisme, à base de mensonges, publicités, faussetés. On apprend à dire le contraire de ce que l'on pense, et à se méfier de tout. C'est de l'anti-vie et ça me fatigue.

Ce qui prévaut maintenant, c'est la mise en avant de soi, l’égoïsme, et la manipulation de ceux qui refusent ce fonctionnement absurde, contre-nature. Je n'aime pas le pouvoir que cela inspire à ceux qui réussissent à ce petit jeu. Au lieu de tirer tout le monde vers le haut, on se tire dessus, on s’agrippe à ce qu’on peut pour monter, sachant qu’il ne peut en rester qu’un. Et ceux en bas crèvent. Ce sont les plus nombreux. Le capitalisme d'aujourd'hui perpétue un massacre silencieux et insidieux sous le masque de la liberté et de l'échange. Il légalise l'éscroquerie et le pillage. Il met la population à sac et détruit notre environnement. Il commet des millions de crimes envers les générations à venir.

Il faudrait repenser le capitalisme. Il faudrait penser tout court. Il n’y a peut-être pas de société parfaite applicable à l’homme, auquel cas le capitalisme serait « la moins pire ». J’en sais rien. Je voudrais me pencher sur la question. Je voudrais penser pour ça. Il faudrait repenser notre mode de vie mais notre mode de vie nous interdit de penser. La société de consommation nous interdit de penser. Elle comble notre temps de cerveau disponible. On ne peut pas changer de boulot et penser. On ne peut pas être épanoui et penser. On ne peut pas être intégré et penser. On ne peut pas se délecter de cette vie et penser. Penser nuit gravement à la santé de l’homme moderne. Penser me brule l’estomac, me fout la diarrhée. Penser me fout la gerbe, penser me donne envie de tout repeindre de mon vomi.

7.4.06

Soupe de grenouilles

C’est très difficile de se faire un avis, de savoir ce qui est vrai et qui est digne de confiance. Parmi les dogmes, les courants de pensées, les théories du complot, les informations. Car même les médias officiels se permettent de manipuler les gens. Les journalistes sont toujours plus mielleux, annoncent les nouvelles les plus graves avec un sourire chaleureux, et flattent les responsables de nos maux. On a l’impression qu’ils deviennent de simples rapporteurs de la bonne parole. Des brosseurs de poils, mais dans le bon sens. Certains auraient pu être toiletteurs pour chien.

Alors forcément, dès qu’on s’éloigne de la bienséance, en regardant des "théories alternatives", on passe pour un con. Et en même temps, ça peut se comprendre, elles sont tellement mal ficelées. Les sites contestataires sont souvent consternant. De manière générale, il semble que personne ne veuille faire un travail sérieux de contestation. Par exemple, actuellement la situation actuelle est du pain béni pour les syndicats, mais leurs dirigeants ne réagissent pas. Ou alors ils grommellent en utilisant des slogans préhistoriques, qui ne touchent plus le même public. Ils ne s'adaptent pas. Pourtant il y aurait de quoi faire ?! Leur inaction ou leur curieux (complice ?) manque d'ardeur favorise l'acceptation des gens d'une situation qui est plus que merdique. Cela encourage les gens à rester de marbre quand on les maltraite. L'étiquette beauf-ringard-prolo scotchée aux syndicats n'aide pas. Car ici, être ringard c'est pire que la mort. Pour être dans le coup ces jours ci, il faut être libéral.

Les syndicats sont muselés, ridiculisés, ou inactifs. Ils ne font plus rien. La gauche non plus. On se scandalise du nombre de congés des français alors qu'on rêve tous que de ça, partir en vacances. On critique la gauche, sous les ordres des riches people qu'on voit à la télé. On se dit qu'il faut penser comme ça. Et qu'un jour, nous aussi on pourra avoir une belle voiture et un bronzage parfait. C’est à croire qu’il n’y a pas de pauvre dans ce pays. Ils sont pourtant en écrasante majorité. Mais ils ne votent pas. Car les médias ont cessé de leur parler. Ils ont obtenu l'abstention des pauvres, qui se reconnaissent si peu en la société toute puissante et implacable reflétée par la télévision. Ils se sentent en minorité et ne vont donc plus voter, c'est perdu d'avance. Et puis l'individualisme prôné a eu raison des plus faibles. Ils préfèrent se cacher ou se taire. Les médias désormais régis par de riches intérêts privés se garderont de réveiller ce sentiment de force et d'union de cette majorité passive et silencieuse.

Journaux et télévisions ne parlent plus qu’à mes parents, aux retraités de la Côte d'Azur et de l'Ouest Parisien. Mon père pense que les banlieues sont mal famées, que le chaos est aux portes de Paris. On vit à quelques kilomètres l’un de l’autre mais c’est comme si tout un océan d’incompréhension nous séparait. Ils vivent dans un ghetto pour riches, ou rien ne peut les atteindre, et ils se sentent en insécurité. La faute au journal de 13h, qui les endort avec les traditions régionales de leur enfance, et du 20h, qui les réveille en sursaut avec je ne sais quel acte odieux perpétué par une bande de jeunes sadiques. Mais vous inquiétez pas, notre futur président-sauveur nous en débarrassera, signez ici svp.

Même les pauvres voteront pour lui. On décide pour eux si telle ou telle personne vaut le coup. Si tel ou tel sujet mérite d’être entendu. Des faits divers, il y en a partout, à tout moment, et de tous temps. Mais il suffit d'en sélectionner judicieusement quelques-uns, à des moments opportuns. Ainsi en 2002 on a eu deux candidats dont personne (ou si peu) ne voulait au second tour des élections, à cause de quelques reportages bidonnés aux infos sur le sadisme de jeunes racailles. Si les médias daignaient parler des salariés intimidés et harcelés quotidiennement, du pouvoir d’achat qui a fondu depuis l’euro, des profits des actionnaires qui explosent au détriment des salaires, et surtout le truc qui me rend dingue, si quelqu'un osait parler des "anomalies" du système monétaire mondial et de la création monétaire ? Si les journalistes osaient réapprendre leur métier et faire un travail d'investigation, si les médias en parlaient comme il se doit, tout s’arrêterait !

Or la libéralisation du marché a permis aux gens proches du pouvoir de possèder la quasi totalité des médias et d’avoir micro ouvert sur le monde. Les intérêts privés ont étouffé l'intérêt public. On ne se tire plus vers le haut. On s'écrase. La science fiction rejoint la réalité, dans l'indifférence la plus totale. C’est l’argent qui gouverne tout. Ce sont toujours les mêmes qui peuvent accèder au pouvoir. Ce sont ceux qui ont les moyens de payer une campagne présidentielle, ou bien qui ont les "amis" nécessaires à un tel financement. Et qui bien évidemment auront des contreparties par la suite. Ne me faites pas croire que des généreux donateurs vont vouloir oeuvrer pour les miséreux de la France d'en bas en faisant élire un candidat de "droite dure". Si dure putain j'y crois pas. Je connais tellement de gens qui vont voter pour lui c'est cauchemardesque. Et en face on va nous mettre des mous du genou. Forcément, y'aura pas d'alternative. Pire ou pire, le choix est cornélien. C'est à croire qu'on sabote ou qu'on achète le silence de toute forme d'opposition consistante.

Notre plus grande faute est de laisser des privés accumuler les pouvoirs. Le pouvoir des armes, de l'argent, de l'alimentation, de l'information. Tout finit par être racheté par les mêmes. Et les gens applaudissent, se mettent à la mode du libéralisme. Ils écoutent attentivement ses leaders si séduisants qui leur promettent monts et merveilles. Ils se mettent eux aussi à dénoncer les dérives du service public. Les privilèges des fonctionnaires. Les mots durs des journalistes gauchistes qui contrôlent la presse. Oui, ils arrivent à croire ça aussi. Ils croient dur comme fer que nous allons vers le meilleur des mondes. Et que ces gens qui nous dirigent feront preuve de moralité. Pourtant, dans les faits, entre nous, gens d'en bas, ce n'est pas vraiment un climat de confiance : on se dévisage, on s’ignore, on se méfie du moindre petit jeune basané, on espionne son voisin, on se jalouse et se dénonce. Mais les golden boys, ah non, eux ils sont au dessus de tout soupçon. On leur donne les yeux fermés les clé de notre garde-manger, notre voiture et notre maison. Bientôt on leur filera les clés de nos corps, ils gèreront nos organes pourquoi pas.

Bientôt ces gens qui accumulent tous les pouvoirs pourront décider de couper l'eau chaude, l'eau froide, l'électricité, la voiture, la médecine, tous ces trucs auxquels nous sommes accoutumés. Nous aurions du nous battre pour un service d'intérêt général. Malheureusement nous avons ringardisé et diabolisé toute forme de défense et de solidarité collective. La liberté, l'égalité, la fraternité, la marseillaise, tout ça n'existe que le 14 juillet, le temps d'un feu d'artifice que nous ne comprenons pas. On apprend dans les bouquins d'histoire que la révolution française nous a libérés de la monarchie absolue, de la concentration des pouvoirs. On vous dit qu'on est dans le monde libre. Mon cul. C'est un monde qui n'a de libre que le nom. Il est aussi libre que les freedom fries. Il rend libre la dictature et renomme la monarchie en république.

Le libéralisme débarque en force en France. Et ça va plaire. C'est dans le coup. On nous a tellement persuadés que les pauvres sont des ploucs qui méritent leur sort. Que le socialisme rend pauvre, ringard et dangereux. De toute façon dans libéral, il y a liberté, donc c'est bien non ? Dans l'immédiat, les gens sont attirés par les beaux slogans, les jolies couleurs des publicités, les modes des grandes marques, car ça brille, c'est beau, c'est jeune, c'est dans le coup. On veut sa chance de faire fortune, de rester jeune et dans le coup. On veut notre droit d'accès au luxe, montrer patte blanche à logos LV. Quand on a, on est, se dit-on. Alors nous voulons avoir tous ces trucs chouettes, nous aussi.
On se dit que ces hommes politiques ont raison, que la privatisation, le marché, la concurrence, c'est bon pour nous, c'est bon pour la relance économique, et donc pour moi.
Mais bordel suis-je le seul à constater que la valeur de mon porte monnaie fond à vue d’œil ?! Je pars plus en vacances, je peux plus. Je m’achète plus rien. Et le hard-discount, je suis le seul à trouver ça dégueulasse ?! Est-on obligé de bouffer de la merde qu'on se procure dans des hangars miteux ? Avant c'était pas le cas. J'allais aux mêmes endroits que les autres et je me nourrissais comme eux. On a l'impression qu'on repousse les frontières. Le luxe atteint des prix vertigineux, comme un club privé aux droits d'accès décourageants. Et la pauvreté devient repoussante, crade, honteuse. Lafayette Gourmet contre Ed l'épicier.

Suis-je le seul à constater que l'Europe est un vaste traquenard économique sous couvert d'union, d'échange et de liberté ? Encore une fois, on confond liberté des hommes, et liberté du marché, sans se rendre compte que dans les faits, ce sont deux concepts qui s'opposent intégralement. Depuis quelques années, un smicard ne vit plus, ne se divertit plus. Il survit. Dieu merci on peut encore télécharger de la musique. Mais ces ordures font tout pour empêcher le téléchargement en restant à l'âge de pierre du disque. Ca me conforte dans l'idée qu'on est dirigé par des nuls. Ils n'ont pas vu internet, ils ne voient rien arriver. Ne s'adaptent pas. Ne sont intéressés que par le fric et le contrôle des gens du dessous via leur business. Comme les pétroliers qui veulent garder leur monopole en étouffant les énergies libres. Et les fabricants de tabac qui font tout pour cacher la nocivité des cigarettes. Avec la complicité de l'Etat biensur qui en profite pour nous culpabiliser avec indignation et surtout taxes rentables. Si elle vous plait pas la cigarette, puisqu'elle est dangereuse à en placarder des photos de poumons sur les paquets, interdisez-la bon dieu ! Bridez les voitures ! Sacrilège ! C'est pas bon pour le marché tout ça. Le sacro-saint marché. On préfère brider les hommes plutôt que les entreprises et les machines. Desfois j'aimerais qu'ils aillent jusqu'au bout de leur idée et qu'ils foutent des photos de cormorans englués sur les stations service. Ou sur les portières de bagnole. Pourquoi pas des photos de petites filles accidentées de la route ? On y viendra. J'aimerais surtout des posters de SDF et de morts de faim devant la Bourse. Et à l'intérieur, à côté du CAC40, un décompte du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté. On l'appelerait le CAC4Milliards.

Tel un jeune con sans le sou, je télécharge de la musique. Je suis un pirate, je commets le crime diabolique de persister à m'évader en chanson. Je suis une ordure, un voleur, on le crie aux infos, et vous en êtes progressivement persuadés. Je vole les artistes. Je mérite la prison parce que je télécharge quelques méga octets mal encodés qui ont le tort d'adoucir ma vie. Gratuitement. Pour certains, la gratuité c'est pire que le vol. La gratuité c'est le pire des crimes car ça exprime la fin de leur petit pouvoir, de leur si précieux marché. De leur business chéri. Désolé de pas pouvoir claquer 20 euros dans un cd qui ne sera pas lu par mon pc. La faute aux super protections mises en place par les "défenseurs de l'art". On a l’impression que c’est marche ou crève, et que rien ne doit nous divertir. Seuls les riches ont droit aux divertissements et aux vices, ce sont maintenant des privilèges.
Putain mais je savais pas que j’étais pauvre. Ca m’a sauté à la gueule lorsque j’ai constaté depuis combien de temps j’avais pas pu partir en vacances. Avant, avec le même salaire, je faisais des tas de trucs. Ca me fait penser à l’histoire de la grenouille qu’on noie dans une eau qu’on chauffe progressivement. Elle ne sent rien. Et se laisse mourir. Je me suis laissé mourir bordel de merde.

Les mesures vont se durcir, car l’appétit de la rentabilité du marché est une gourmandise sans faim et sans fin. Ca ne s’arrête que si on la stoppe, que si on se met en travers. L’acceptation silencieuse et ignorante des gens va dans leur sens. Ils ont pris leurs aises et ne s’arrêteront pas de leur propre chef. On souhaite que l’individu qui nous marche sur le pied s’arrête de lui-même mais il ne le fera que si l’on exprime notre douleur : par un aie, par un coup, par un heur. Par quelque chose bon sang. Chaque soir, devant notre écran, nous attendons que quelqu'un exprime ce "aie". Nous attendons ça de la part de gens que nous prenons pour nos modèles, nos réferents, nos porte parole. Il est temps de nous rendre compte que ceux-ci ne jouent pas pour nous. Il est temps de prendre une inspiration, de remplir d’air nos poumons et de crier très fort. De hurler tous ensemble. Ne pas se laisser bouillir dans la marmite. Wake up.

31.10.05

Monsieur Connard

On a changé d’heure. Il fait déjà très sombre. J’ai fait une sieste alors qu’il faisait beau, et au moment ou je voulais sortir me balader, il faisait déjà sombre. Je suis un peu dégouté, car c’était peut-être la dernière belle journée de l’année. J’ai gâché mon temps.
J’en ai assez d’être un connard. Je suis allé acheter du pain, et des beignets. Un sdf édenté m’a demandé une clope, alors que je priais pour qu’il ne me remarque pas. Ouf, il ne voulait qu’une clope…
Putain mais j’ai l’impression d’être revenu des mois en arrière… tout ça c’était acquis… c’est tellement dur de marcher avec ses convictions, surtout lorsqu’elles sont en total désaccord avec les petits riens qui font la vie de tous les jours. C’est tellement dur d’être quelqu’un de bien ici, car il faut TOUT revoir, tout changer. Car tu ne peux pas sélectionner tel ou tel moment, telle ou telle situation au sein de laquelle tu es un mec bien. Ce sdf, tu lui donnes de l’argent, mais pas lui, ni lui. Ce client, tu es aimable avec lui, mais pas lui, ni lui. Aujourd’hui tu souris, mais ici il faut que tu fasses la gueule.
J’en ai marre. Voilà, je pousse ma petite gueulante, car c’est un déchirement à chaque fois que s’engage dans ma tête un conflit entre l’homme bon qui est en moi, et mes réactions de connard. L’angoisse du sdf, la radinerie subite. Putain j’avais dix euros en poche, deux beignets et une baguette. Et lui il avait même pas de dents. Et alors ? quoi ? je lui apporte un repas, l’invite chez moi ? lui paye un coup ? et après ? demain ? après-demain ? je fais quoi, je m’arrête à tous les coins de rue, je transforme mon studio en refuge ? je ne mange plus tant que j’ai encore des dents ? je ne m’achète plus rien tant que j’ai encore de l’argent ? quitte à faire une bonne action, je veux la faire jusqu’au bout. Changer les choses, faire en sorte qu’aucun trouduc n’ait plus jamais peur d’un type qui a plus de dents certainement affamé et qui demandait poliment une clope. Je veux le faire, mais je ne sais pas comment. Qu’est ce que je dois faire. Putain j’en ai ras le bol de chez ras le bol. La vie me saoule à un point inimaginable. C’est tellement relou d’aller de l’avant mais de sentir une forme de régression perpétuelle. Ya desfois je voudrais qu’une onde de choc sorte de moi et se fasse tout, tout autour de moi, si bien que tout serait refait, comme il faut. Tout serait changé en bien. Desfois je suis tellement vénère tout seule dans la rue, derrière ma face impassible, que j’ai l’impression que cette onde de choc va sortir. Mais au lieu de ça, je continue de faire comme monsieur tout le monde, comme ce cher monsieur connard. Un trouduc qui foire son dimanche ensoleillé dans son studio minable et qui se demande à la fin de la journée comme il a fait pour foutre sa principale journée de la semaine en l’air. Alors que toutes ces actions vaines et vides de sens méritaient une contrepartie, une récompense qui voudrait tout dire. Mais nan, ya rien, rien qui dit que j’ai raison d’être un connard semaines après semaines…

21.10.04

Love etc

Les hommes sont des cons. Ils ont tout l’amour du monde entre leur main et ne font que de se battre. Personne ne veut de la mort, de la guerre, mais les hommes s’efforcent et s’entêtent à se battre pour des morceaux de terre, prétexte de toute leur vanité et de tout l’amour qu’ils n’ont jamais eu. Aimez-vous les uns les autres et c’est tout. Faites l’amour, pas la guerre. Toutes ces phrases devenues bateau et clichées résument à elles seules ce qui ne va pas. Regardez les politiques jouer leurs petits chefs, les présentateurs du journal télé prendre un air grave, les journalistes s’extasier sur leur prose, les regardez philosopher sur des choses « graves », les regarder tous se branler, toujours et encore, sur l’homme et ses fantastiques batailles, politiques ou réelles, regardez les jouer aux hommes, aux petits chefs, au milieu de leur branlette intellectuelle organisée. Si intelllligents, si CONS.

A se branler sur du vide, sur des choses sans importance aucune, sur des trucs si futiles. Et nous on les craint, et se plie, on applaudit parfois. Pourquoi cette violence intellectuelle ? On est tous des terroristes, manipulés par des généraux, par toute une armée de cons, d’humains si cons, et si bêtes parfois. La chose la plus importante de nos vies devrait être celle qui nous fait le plus de bien. Celle à laquelle nous devrions nous consacrer à plein temps. Qu’est ce qui est plus important ? Le chiffre d’affaire du mois comparée à l’année -1, ou l’amour qu’on devrait porter à ses enfants, à sa femme, à soi-même aussi, à tout le monde, à notre chien, notre chat, nos poissons rouges, notre habitat et tout ce qui l’entoure, ce qui l’éclaire, le réchauffe, le fait vivre.
Evidemment, vous allez me dire que le C.A de N comparé à N-1 conditionne le reste, et vous fait vivre. Ne pensez vous pas que ce devrait être l’inverse ? Que le fait d’aimer et d’être aimé devrait vous faire vivre ?

Aujourd’hui on en est réduit à travailler pour acheter de l’amour. Impressionner votre future conquête à coups de billets de banque, gâter vos enfants à base de la dernière console de jeux videos, offrir une belle bague à votre epouse pour la consoler d’être seule le soir, tous les soirs, même en votre présence.
Aujourd’hui tout se monnaye, et la monnaie se gagne en étant mauvais, traitre, menteur, déloyal. L’amour on le gagne par des souffrances infligées aux autres. Notre tranquilité occidentale du week-end auprès de notre douce, on la gagne en semaine en mettant à sac le tiers monde.

Comment voulez-vous déguster ça ? L’amour c’est un truc à plein temps, qui ne se calcule pas, ne s’achète pas. Car vous serez toujours déçu par votre amour quand ils vous a couté toute votre vie de travail. Car vous en voudrez toujours plus pour toutes ces heures de boulots effectuées. Et ne serez jamais contentés. Car ce qui a le plus de valeur au monde est gratuit. L’amour ne s’achète pas.

Et ces gens de prendre des prétextes, histoire de s’évader, de penser à autre chose, de justifier ce manque d’efficacité dans l’art de l’amour, et donc de partir en guerre, de philosopher, de filmer, d’écrire, de jouer à la politique, de se sentir important de parler de choses censées être importantes, alors que ce sont des prétextes vides, et faux. Ils sont impuissants, et le font oublier en faisant leurs guerres. Ils sont impuissants, et exorcisent ces douleurs en construisant des buildings toujours plus hauts et imposants.

Mais à la base, ils sont impuissants car ils ne savent pas aimer et être aimés, car ils ont la trouille de louper ce qu’ils ont payer si cher, car ils ont la trouille de passer autant de temps pour se payer ça, car au fond ils aimeraient avoir le temps de se pencher sur le problème, le temps de profiter de l’amour, mais ça ils ne le savent pas. Car ils sont rongés de soucis, de stress, provoqués par cette quête de l’amour. Car au fond d’eux, ils savent que tout ce qu’ils créent est faux, que tout ce qu’ils ont fait a été vain. Que si c’était à refaire, ils auraient fait autrement, n’auraient pas tout sacrifié pour leur réussite professionnelle. Mais c’était impossible… sans diplôme, pas de travail, sans travail, pas d’argent, sans argent, pas de voiture, pas de nourriture, pas de maison, pas d’amour, pas de vie. Aujourd'hui on privililégie réussite professionelle et performance. Gain personnel et non don de soi. Ce sont des choses complètement opposées et que nous confondons pourtant. Car nous sommes persuadés que notre réussite nous apportera l'amour.
Voila le problème. Alors il faut changer ça.

Pourquoi pas de vie sans amour ? parce que c’est encore la seule chose qui nous fait penser que la vie est belle, c’est cliché mais c’est pourtant la seule réponse à la fameuse question : pourquoi la vie mérite-t-elle d’être vécue, pourquoi la vie mérite t elle d’être sauvée ?
Nous vivons tous inconsciemment pour ça. C'est ce qui nous unit. Mais dans notre société, nombreux sont les bâtons qui frappent nos roues. Notre société n’est pas faite pour aimer, et en aucun cas optimisée pour l’amour. Je ne dis pas que c’est la seule chose qui compte, mais c’est certainement la seule chose susceptible de rassembler positivement les habitants de cette planète. En optimisant pas cette quête, nous risquons l’insatisfaction, la déchéance, et le détournement vers des problèmes prétextes.

Aujourd'hui on apprend pas aux gens à s'aimer. Je connais personne qui se bat pour trouver son amour. Non, en général, on prend ce qu'il y a. Ce qui se présente. Car ça nous fait mal à la gueule de prendre son destin en main. La plupart des gens se choisissent des clones de leur mère qu'ils trompent dès qu'ils peuvent plus les voir en peinture. Mais officiellement, tout va bien. Ca finira en divorce mais on ne sait plus pourquoi. On se choisit des gens de son milieu, qui nous ressemblent le plus possible. C'est pas de l'inceste mais c'est tout comme. On a tellement peur des autres ici. Tellement peur de ce qui pourrait pourtant nous complèter et nous apporter ce qui nous manque tant.

D'autres se font choisir leur femme, à qui l'on impose tout. On lui impose même de se cacher parfois, et on dira même que c'est dieu qui a voulu ça. Et pendant ce temps, on s'éclate, et au moindre bout de peau qui dépasse on la traite de salope.
D'autres décident sous le masque de la vertu qu'il faut pas coucher avant le mariage. Ou bien même, affirment que le célibat et l'amour d'un icone est la voie de la sagesse. Comme si l'avarice était la voie de la générosité.
Non, tout est organisé pour qu'on ne puisse pas choisir. Car choisir, c'est s'exprimer. Et s'exprimer, en amour, c'est le risque de se prendre une veste. C'est le risque de voir étalé au grand jour la petitesse de son sexe, la nullité de son esprit. Et le risque de la voir partir pour un autre.
Aujourd'hui peu de gens savent s'aimer. Se trouver, se quitter, se remettre en question. Tolérer, échanger, apprendre et faire apprendre. Se donner.

L'amour. C'est la seule chose qui fait qu'on est encore toléré par l'existence et on ne se penche toujours pas dessus. On a les boules. Surtout les hommes. Et comme ça nous fait chier de l'admettre, on va faire mumuse, se défouler sur une vie professionelle. Faire des ptites gueguerres. Essayer d'étriper cette chose impalpable qui nous torture en l'incarnant chez un ennemi ordinaire. Le premier qui passe. Combler le vide qui nous aspire en cherchant à accumuler le plus de biens. Je n'ai pas l'amour mais j'ai 3 ferrari et une belle louloute qu'en pensez vous ? Je l'aime, la preuve je lui ai payé ses nouveaux seins ?!
C'est notre société capitaliste. Accumuler, accumuler, toujours plus. Mais l'amour c'est quelque chose d'infini, d'énorme, qui n'a pas de valeur. Trouver l'amour c'est justifier son existence, c'est ne plus avoir peur de rien. Aucun bien, aucune réussite professionelle, rien ne pourra combler le vide si gourmand qu'on s'efforce de remplir avec tout ce qu'on trouve.

Et puis on continuera de se persuader que l'amour rime avec soleil, bikinis, belles gonzesses et voitures décapotables. Le moindre sitcom ou télé réalité vous en convaint. Ca se trouve comme ça. Comme un claquement de doigt. On dit je t'aime en deux secondes et c'est le pied wouah. Et pour vous en persuader on vous appate avec des gourmandises, le sexe. Oui, le sexe, nous en avons tellement besoin. On nous le décline à toutes les sauces. Le moindre reportage, le moindre magazine, qu'il traite de voiture, de bouffe, ou de voyage, fera tout son possible pour vous montrer un bout de téton. Le moindre magazine de 7 à 77 ans trouvera n'importe quel prétexte pour placarder le mot SEXE à la une 12 mois par an. Nous sommes drogués au sexe. Il est notre substitut à l'amour que nous ne trouvons pas. Nous ne le trouvons pas car notre société a besoin de le planquer, de le violer, de le trahir, pour fonctionner.

Les hommes ont pris pour habitude de culpabiliser les femmes, et de justifier ainsi la domination qu'ils leur imposent. Nous les rendons coupables du péché originel. Elles nous auraient apporté la connaissance. Notre nouvelle condition que nous craignons tant. Je me dis que cette condition est nécessaire à la compréhension de l'amour, à son juste accomplissement. Et que le fait de culpabiliser les femmes revient à rejeter l'amour. On préfèrerait être des tocards célibataires plutôt que des apprentis amoureux qui se prennent la tête. Je préfère me dire que l'homme a pris le risque de connaitre cette condition pour pouvoir gouter à l'amour et aux femmes.

Aujourd'hui, on ne sait pas aimer. L'amour, le don de soi. On ne sait pas se donner, car il n'y a rien à donner. On ne sait plus vivre par soi mêmes, on vit pour les autres, on se font dans la masse. On apprend à "aimer" ce qui nous ressemble, à cultiver ce qui parait au détriment de ce qui est. On apprend à aimer notre société uniforme et égoïste. C'est de l'anti-amour qui nous mène à notre perte.
Voila pourquoi on est tous si tristes, si cons. On est mal aimés, insatisfaits, frustrés, on est des impuissants, on est plus ou moins 70 années de vide, de rien, de faux, un simple nombre ayant toujours aspiré à figurer dans une équation qui ne sera donc jamais résolue.

16.9.04

Pince-mi et Pince-moi

L’homme n’a pas le pouvoir. Il ne maitrise pas les événements. Il cherchera toujours des coupables à tous ses maux, car il veut ignorer le vrai coupable. Car reconnaître ce coupable, ce serait reconnaître le fait que l’homme n’a pas le pouvoir. Car ce coupable est aussi le bourreau de l’orgueil humain : le hasard. Or le hasard, c'est Dieu qui veut passer incognito.
L’homme veut le pouvoir à 100%, il ne supporte pas le fait de ressentir ce pouvoir, sans le décider, sans le maitriser. Comme un cheval indomptable, qui saute, se cabre, tape avec ses sabots. Se heurte à l’enclos. L'homme a le vouloir, et pense avoir le pouvoir, car il a la bombe, la cravache, les bottes, et semble tenir les rênes. C’est lui qui peut décider et qui sait diriger le cheval. C'est lui qui monte et qui nourrit. En considérant qu’il n’y a rien au delà de l’enclos, c’est lui qui fait que le cheval existe dans cet enclos.

L’homme veut le pouvoir. Il craint sa condition, il exècre le hasard, il hait dieu, tout en proclamant l’aimer, et croire en lui. Mais il le hait profondément. Il hait les cailloux saillants, il hait les parasites, les guêpes, les araignées, il hait les morsures, le vent, les inondations, il hait les catastrophes, il hait les imprévus. Car l’homme est capable d’imaginer l’inexistence de tous ses maux, et car il est capable de prévoir. Il hait qu’on lui impose ces maux. Qu’on l’angoisse. Mordra-t-il ? Mordra-t-il pas ? L’homme a peur. Il a la conscience du pouvoir, il voit les rênes du pouvoir sous ses yeux, mais ils sont impalpables, il passe au travers. Quelque chose lui échappe.

Pour compenser, pour inéxister sa peur, pour nier sa vulnérabilité, il cherchera le pouvoir. Sur les autres. Pape, banquier, roi, pdg, président, quoi que ce soit. Seul le pouvoir compte. Peu importe la haine, avec le pouvoir, je maitrise ma vie. Quoi de plus ? Encore plus de pouvoir. Après, je ne crains plus dieu. Du moins en ai-je l’illusion. Je semble maitriser tous les aléas autour de moi. Je fais un pied de nez à dieu. J’encule dieu. Je l’encule profondément, d’autant plus quand je file à la messe le dimanche matin. Je l’encule, car deux heures après, je m’empiffre à déjeuner, puis je fais ma sieste devant le grand prix, au chaud, et en sécurité dans mon salon, la ou personne ne peut m’atteindre.
Ces hommes qui ont peur finiront par créer un nouvel ordre mondial, afin de régner sur les faibles. Les forts impliquent les faibles, les faibles expliquent les forts. Les forts ont besoin des faibles, comme dieu a besoin des hommes. Le bien a besoin de mal, le bonheur a besoin de malheur, la richesse a besoin de pauvreté. La joie n’a besoin que d’amour.

L’humanité a perdu dieu, a perdu la vérité. Les puissants et leur société en sont les substituts. Comme tout substitut, il faut en changer. Car l’homme assimile, et il faut évoluer. Jusqu’à la limite, jusqu’à ce que ça ne passe plus. Auquel cas il faut faire croire à un renouveau en forme de purge universelle. Sinon tout se détruit. Avec un peu d’espoir, et un miracle, on peut espérer sortir de ce cycle, et faire embrasser aux hommes la vérité.
Les hommes n’accepteront dieu que si dieu les comprend et inversement. Les hommes accepteront que dieu prennent en charge leur milieu uniquement si ils ont confiance en lui. Uniquement si nous sommes sur la même longueur d’onde, et que celle ci s’avère être la seule possible. Il faut que les hommes aient confiance en dieu, et inversement. Seule une vérité absolue, seule une référence irréfutable, pourrait provoquer un tel changement, et le rejet du « pouvoir » humain. Il faut que l’homme soit rassuré sur son univers, sur sa nature, sur les projets de dieu, sur la mort, sur la souffrance, sur sa vie et ses actes. L’homme a tellement peur de tout foirer. Il se retrouve largué la dedans, avec quelques années de vie, avant de se faire bouffer par des bêtes immondes sous terre. Il se voit lâché la dedans, il sent tout le potentiel, mais n’est maitre de rien. Il subit, il souffre, il angoisse à mort. Et les années passent si vite. Personne ne lui dit quoi faire, personne ne lui donne de mode d’emploi. Pas de plan, pas d’issue de secours, rien du tout. Alors comme tous les autres, on se barricade, et on prend ce qu’on peut, comme dans toute panique, comme dans toute émeute. On pille, on braque, on se bat bec et ongles pour gratter quelques bouts de vie. On se bat, et on tente d’être maitre de notre destin jusqu’au bout. On veut tenir le plus longtemps possible, comme si notre vie était un navire entrain de sombrer. Les plus puissants tentent de gagner la poupe, et se battent pour être les derniers à grappiller une bouffée d’oxygène, une dernière. Et puis lorsqu’on sera tous à l’eau, on se coule, on s’agrippe à ce qu’on peut.
C'est la loi de la jungle, version humanisée. Le plus cruel survit, la peur éloigne le reste.
Seule la vérité changera tout ça.

31.8.04

Bigfoot au Pentagone

Je lis "1984". C’est glauque. J’aime moyen. D’habitude, les bouquins m’emmènent loin. Celui-la, j’ai l’impression qu’il m’entraine ici, la, tout près. Un air de déjà vu. Depuis que j’ai commencé à le lire, je sais pas si c’est un hasard, je peux plus regarder les informations à la télé, ni les écouter à la radio. Chaque onde sonore ou visuelle issue d’un JT semble être une lame de rasoir qui entaille mes oreilles jusqu’à la cervelle. Alors je cherche les informations sur internet. C'est un coup à prendre, se réhabituer à s'informer de manière active, et non pas passivement. Il vaut mieux se fatiguer à chercher de la nourriture saine, que d'être gavé de cochoneries par autrui.
La semaine dernière, j’ai trouvé un site internet fantastique qui résume assez bien mon état d'esprit, qui parle de beaucoup de domaines auxquels j’ai pu m’intéresser ces trois dernières années. J'étais trop content, c'était tellement… improbable !!! Ca fait trois ans que je parcours internet à la recherche d’un site comme ça… Même s'il est loin d'être parfait, et pousse un peu loin dans certains domaines « ésotériques ». Mais l’auteur garde, contrairement aux autres sites qui partent vite en couille, une certaine distance, une objectivité convaincante. Je voulais écrire au webmaster, mais je sais pas quoi lui dire. Merci je crois.

J’ai réellement découvert internet le 11 septembre 2001. Ce truc m’a tellement remué que quelques jours plus tard j'ai commencé à écrire et à m’intéresser à ce qui m’entoure. J’étais tellement scotché par ce qui venait de se passer en direct à la télé, que j’ai passé la nuit sur internet à essayer de comprendre. On parlait déjà de Ben Laden, je voulais savoir qui c’était. Je me suis aussi tout de suite mis en tête que c’était louche. Une impression de déjà-vu. Oswald et JFK, les assassinats de Martin Luther King et Bob Kennedy. On avait le coupable tout de suite et trop facilement, avec des motifs qui tombaient à pic. Comme si on pouvait être incompétent au point de laisser un crime être commis tout en résolvant l'enquête en moins de deux.
Et puis c'est dans la lignée de tous ces incidents bizarres. C’est toujours les types biens, les pacifistes qui attirent trop l'attention ou qui s'approchent trop près du pouvoir, qui meurent dans des circonstances jamais claires, jamais limpides, laissant présumer un complot ou une manipulation de la part d'ordures sans nom. Sans tomber dans la paranoïa, il suffit juste de se poser les bonnes questions et de garder la tête froide pour réaliser que quelque chose cloche.

Sur le moment, je croyais pas au fait que des terroristes puissent piloter un avion de ligne, et surtout le planter sur un building. Ni sur deux. Et encore moins sur trois. J’avais en tête les images du GIGN français faisant un sans faute à Counterstrike sur le tarmac de l’aéroport de Marseille. Et puis aussi le souvenir d’une poubelle explosant à quelques mètres de ma pomme en 1995 place de l’Etoile, faisant un grand boum, beaucoup de peur, et quelques blessés.
Alors je me suis dit, aussi désespérés soient-ils, les terroristes ne peuvent pas être aussi minutieux dans leur folie et atteindre un tel succès. Rien qu'un avion à détourner, un seul, c’est très compliqué, quasi mission impossible, surtout aux USA... imaginons que sur un malentendu, ça peut marcher, ça s'est déjà produit par le passé. Mais quatre en même temps, et les piloter sur des cibles réduites dans un espace aérien protegé, alors la non, no way.
Au premier avion, je pensais c'était un accident. Et puis quand le deuxième se pointe en live, après avoir compris qu'il ne passera pas derrière, au second plan, mais bien à travers la tour... la il y a un soucis, un « system failure » dans ma cervelle. Et puis on renchérit avec le Pentagone. Et puis le bouquet final. La tour qui s’écroule en chute libre. J'avais le cul complètement troué. Et puis la deuxième. On a beau être sceptique, assister à ça en direct ça vous en fout un coup. Un véritable choc. On peut pas croire au complot. On croit ce qu’on voit, ce qu’on ressent. On croit en la soudaine réalité implacable du monde. On est des brindilles face à des tonnes d’acier et de pierre qui s’écroulent devant nos yeux. On est de la merde. On veut bien croire tout ce qu’on nous dira de croire.

Après j'ai passé la nuit sur internet. Et j’ai découvert des fausses prédictions de Nostradamus montées de toute pièce, se propageant à une vitesse éclair sur la toile. Tout ça mêlé à des théories du complot provenant de prophètes du dimanche. C’était énervant. Alors j’ai mis mes doutes au placard. Je me sentais être la seule personne non-divagante à trouver ça louche.
J’ai mis ces attentats sur le compte du désespoir incroyable de ces gens, couplé à l’incompétence absolue du gouvernement américain. Que personne n'a semblé relever, même après avoir encaissé le choc… Ils se sont fait détourner quatre avions, leur administration avait été prévenue longtemps à l’avance, mais personne ne réclame de démission. Là-bas on se fait des procès et on obtient des dommages et interêts en millions pour des cafés trop chaud, mais pas quand le système de défense oublie de prendre au sérieux des menaces terroristes, puis n'intercepte pas quatre avions détournés qui s'écrasent les uns après les autres. Non, cette différence de traitement ne choque personne.
Alors ça a fini de m’énerver. Cette guerre en Irak avec les armes de destruction massive qu’on ne trouverait jamais. D’ailleurs, personne ne réclame leur démission pour ça non plus, on s'en tappe complètement. Tant pis si des jeunes soldats meurent. Et tuent des civils innocents. Putain ils refaisaient la même qu’au Vietnam. Et ceux qui s’opposaient à la guerre, avec éloquence et diplomatie, étaient méprisés, diabolisés. Exactement comme quand on a affaire à une personalité manipulatrice, maniant le chantage et l'intimidation. Ceux qui cachent leur jeu et qui lorsqu’ils sont percés à jour, se défendent en criant très fort, plus fort que vous, pour vous mettre mal à l’aise et vous ôter toute possibilité de riposte. Si t’es pas avec nous t’es contre nous.

Ces enfoirés ont un truc à cacher, c'est certain. Ils subissent un truc horrible mais ne font pas preuve d’humilité. Ils agressent ceux qui ne vont pas dans leur sens ou qui se montrent sceptiques. Ils fustigent la diplomatie et choisisse la démagogie. Ils passent en force de façon bête et méchante. Et ça semble fonctionner.
Alors j’ai régulièrement visité des sites parlant de complot. Et la, gros problème. Les francs maçons, les illuminatis, théories du complot, théories du faux 11 septembre…. Parmi toutes ces théories, personne ne fait dans la mesure... ça tombe souvent dans le new age farfelu, ou l'antisémitisme primaire. Quant au nombre de sites internets qui partent en couille sur les extra-terrestres, c’est effroyable.

Peut-être que ça existe, je m’en fous. Mais c’est comme si un gosse voulait s’informer sur le bisou et qu’on lui donne une video de sexe hardcore. C’est éliminatoire pour le grand public. Personne ne prendra l'attention d'écouter. Ca n’attirera que les gens ultra contestataires, des gens à la recherche d’une contestation quelle qu’elle soit, si possible la plus énorme possible. Des gens qui ont un besoin d’X-Files pour expliquer la situation du monde, des gens qui ne peuvent plus faire dans le subtil. Des assoiffés qui ont besoin de faire un plongeon dans les chutes du Niagara… Moi je veux juste un verre d’eau, et c’est compliqué de faire le tri dans cet océan non potable.

C’est comme si on avait volontairement noyé la vérité. Toutes les vérités. C’est à croire que c’est fait exprès pour discréditer toute tentative d’échappatoire aux manipulations qu’on pourrait nous soumettre. Dès lors on vous traite d’illuminé, de révisionniste ou d’antisémite, dès que vous esquissez un mouvement vers des thèses qui ne corroborent pas avec ce qui est communément accepté. Comme si nos vérités admises étaient si fragiles dans nos esprit que tout écart se devait alors d'être fortement dénoncé. Desfois je me demande aussi si les extra-terrestres ou les religions ne sont pas des inventions pour nous leurrer ?
C'est aussi très facile de sombrer dans la paranoïa ou l’explication miraculeuse. Le miracle c’est la facilité. On a l'explication, la solution tant recherchée, plus vite. La science fait parfois pareil. Les scientifiques semblent s'être perdus dans la physique quantique, devenue incompréhensible. Ils arrivent pas à la faire correspondre à la relativité d’Einstein. Il y a un bug entre l’énorme et le petit. Les lois correspondent pas. Alors ils vont chercher des particules qui n’existent pas pour corroborer leurs théories. Le Boson de Higgs est leur petit bonhomme vert…

Peut-être que ça me vaudra de me faire enlever par E.T, mais… dans les années 40, 50, 60, certes... au 21e siècle, on a tous des appareils photo numériques, des caméscopes, maintenant des téléphones appareils photo, et y’a pas un pékin qui soit capable de prendre une photo correcte de soucoupe volante ?! C’est comme la fameuse vidéo de Bigfoot vous l’avez vue ?! Il suffit de filmer avec la tremblote un pote en peignoir dans son jardin et on a vu le yéti.
A contrario, il y en a qui critiquent violemment les sceptiques du 11 septembre. Cette fois je ne comprends pas le manque de clarté d’un évènement filmé sous tous les angles. Car là, nous avons un maximum d’images. Mais pas du Pentagone. J’imagine que c’est l’endroit le plus protégé des USA, or la seule camera qu’on nous propose est la même qui a filmé le Bigfoot.
Quant aux tours, la possibilité de disposer à volonté d'images exceptionelles conforte à chaque visionnage mon sentiment d'un "bug". Je comprends pas comment des trucs aussi gigantesques peuvent tomber en chute libre. Il y a même une troisième tour qui est tombée derrière, toujours en chute libre. Je veux bien admettre que le choc énorme d’un avion puisse détruire la tour, quitte, pourquoi pas, à la faire s’écrouler. Après tout, c’est la première fois qu’on voit ça, je suis prêt à croire n'importe quoi, à condition qu'on me prenne pas pour un con, ou bien qu'on m'explique bien. Comment expliquer une chute libre de quelques secondes ?! Une chute en plusieurs étapes, non linéaire, faisant des dégâts autour, marquant des temps d’arrêt inégaux, ça ressemblerait plus à une chute non contrôlée, et serait tout à fait acceptable.
Mon scepticisme peut accepter l’exception, sur une tour, mais pas sur deux, ni trois. Le hasard, le chaos, la nature, c’est pas un truc aussi linéaire et parfait. Et si c'est le cas il faut nous expliquer, nous démontrer comment ça s'est passé. Et pas nous laisser plantés la avec cette image de berger dans sa grotte, qui, d'ailleurs, depuis le 11 septembre, n'a rien fait d'autre de sa vie. Il semble se terrer dans la même planque que les mystérieuses armes de destructions massives irakiennes.

Au fur et à mesure je commence à accepter, en gardant les yeux ouverts, que c’est de la démolition contrôlée, un évènement prémédité, organisé minutieusement. Qu'on a laissé faire, ou filé un coup de main. Je sais pas comment, je sais pas qui, mais mes sens, ma raison, mon esprit critique, après tout ce temps d'assimilation et de réflexion, ne sont pas d'accord avec les faits présentés, les images, les actions et réactions, conjugués avec la mauvaise volonté et l'agressivité du gouvernement américain.
C’est pas tant les évènements, qui font douter de la version officielle du 11 septembre, mais aussi la réaction, les comportements qui ont suivi. Le silence assourdissant face aux accusations, et les réponses en forme d’attaque absurdes. Le « qui ne dit mot consent » sur certains sujets, entremêlé avec « il n’y a que la vérité qui blesse » sur d'autres points.
L’enquête est super bâclée, les enregistrements du pentagone ne sont pas montrés. Et puis il y a cette arrogance, cette façon d’attaquer, d’accuser ceux qui ne sont pas d’accord de traitrises, et faire du patriotisme à outrance. Comme pour détourner l'attention. De réclamer les corps des soldats américains enterrés en France, de renommer les frites en " freedom fries ". Pendant ce temps, ils ne répondent pas aux principales interrogations soulevées par l'enquête baclée.

Je suis prêt à tout accepter, du moment qu'on ne nous prend pas pour des imbéciles. Si un proche parent mourrait dans des circonstances à 99% claires, on donnerait tous notre maximum pour débusquer les 1% restant. Ce 1%, je l'ai cherché, en vain, des années durant sur internet. Au lieu de ça, j'y ai trouvé de quoi remettre en question les 99 autres, à condition de faire un travail de tri méthodique et minutieux, de garder son sens critique en éveil. Car sur les mêmes sites internet, on trouve Bigfoot et les théories alternatives du 11 septembre. E.T et Tesla. Les Ummos et les arnaques de la banque centrale américaine. C’est comme si à chaque fois qu’une personne disait quelque chose d’intéressant, on envoie vite quelqu’un se placer devant et chanter faux à tue-tête. Comme si, surpris d'être révélés par ce nouveau support de communication et d'investigation, les coupables innondaient la toile de leurres toujours plus improbables.
Il faut, en prenant un certain recul, accepter qu’au 21e siècle, les données et les informations dont nous disposons ne sont plus les mêmes. Ne pas refaire le procès de Galilée. Le scepticisme, la remise en question systématique, c'est la clé de la vérité. Il n’y a que ça pour combattre l’orgueil et la bêtise humaine.

6.8.04

Comme un boomerang

La France se crash. Elle tombe en flammes. Depuis 4 ou 5 ans je dirais. Aujourd’hui, on peut tous dire sans exagérer que l’on vit dans un pays de merde, avec des gens qui ont tendance à se transformer en connards finis. Les pauvres sont poussés aux portes de Paris, priés de travailler plus, de dépenser plus, pour moins qu'avant. Les riches sont de plus en plus riches, et échappent aux galères que récupèrent les pauvres. Grace à d’ingénieux stratagèmes, les riches arrivent à ne pas perdre d’argent, et même à en gagner, en faisant des économies, sur le dos des pauvres. Les cadres de ma boite ont sabré le champagne car ils ont eu une excellente prime, grâce aux économies faites sur le budget, à savoir les primes et salaires des employés, majoritairement smicards. On a rien eu, alors qu’on a bossé deux fois plus que l’année dernière. Mon quartier devient une espèce de repaire à racailles, à savoir les nouveaux riches, les jeunes cons bourrés de thunes qui font semblant d’être pauvres. Des bourges qui assument que dalle. Des maitres du monde élevés à la 68-arde.

Tous les vieux rads du coin font place à des restos branchés, à savoir faussement typiques, comme tous les gens qui les peuplent : ils ont l’air pauvres, mais ils sont plein aux as. C’est de la bière de garde, mais on la paye 6 euros le demi. Ils se cachent, ils ont honte, mais la conscience est sauve… semble t-il. Les trous de leur jeans sont faits à l’usine, et ils sont en série limités. Leurs tongs sont en croco. Les « bobos ». J’aime pas ce mot, mais pourtant c’est un fait. J’aime pas ce mot car il regroupe beaucoup de gens différents, de plus ou moins bonne volonté. Je suis un bobo. Moi non plus j’ai pas spécialement envie d’être pauvre. J’essaye de me payer des trucs qui me plaisent et je ne cherche pas à me donner bonne conscience. Mais je ne crache pas sur la pauvreté. Et je ne vise pas la richesse de manière honteuse. Et puis il y en a qui sont très riches, qui ont des exigences de riches, des pratiques de riches, une mentalité de riche, mais qui ont bonne conscience car ils ont un look ambiguë, qu’ils aiment la musique d’auteur, les créateurs authentiques, les restaux typiques. Desfois on a l'impression qu'ils se forcent d'ailleurs, comme si c'était une tentative de survie de leur sens de la moralité. Ils s’habillent comme des pauvres, mais ils sont bel et bien riches, et en ont les mêmes exigences, les mêmes caprices, et causent les mêmes dégâts. J’aime pas faire des généralités. C’est nul. Mais ce quartier, qui autrefois était le mien, m’échappe, et m’énerve à mesure qu'il devient un lieu faussement typique, branché à la con. A la fin de mon bail, mon loyer va doubler et je devrai partir. J’irai en banlieue, très loin. Mais putain, moi je suis né à Paris, et j’aime Paris. Et je connais ce quartier, j’ai fait ce quartier comme beaucoup d’autres. J’ai arpenté ses avenues, ait aimé tous ces lieux, à toutes heures, à tous les âges. J’ai hanté tous les grecs, les rads, les pubs. J’ai accueilli, encouragé tous les nouveaux restos, commerçants, du moins tous ceux qui ne se foutaient pas de la gueule de mon portefeuille. Aujourd’hui tous les nouveaux lieux « hype » du coin sont inabordables. Et les gens qui y vont, y rentrent, y claquent je sais pas combien, et repartent l’air de rien. Ils ne payent pas de mine. Ils sont riches mais quelque part, ils en ont honte. Ils se cachent et restent entre eux. Je déteste ça. Je préfère les vrais riches, au moins eux on les reconnaît. Ils copulent entre eux aussi d’ailleurs. Cette société vit sous forme de castes. Les riches avec les riches. Les stars avec les stars. Les bobos avec les bobos. Les pauvres avec ce qu’ils peuvent.

Y’a un truc que tous ces cons oublient, alors même qu’ils applaudissent le feu d’artifice du 14 juillet. En France, on ne nous la fait pas. Même si ce pays descend en flammes, même si l’antéchrist arrive au pouvoir, tôt ou tard, le peuple réagit. C’est pourtant pas compliqué. Tend un élastique, de plus en plus fort. De deux choses l’une : soit il claque, soit il te revient dans la gueule. Les riches tendent l’élastique. Soit ils vont faire claquer le monde, soit il va leur revenir dans la gueule. La télé est de plus en plus abrutie aussi. Et de plus en plus abrutissante. On exploite la moindre histoire, pour vous faire croire que c’est la terreur dans les rues. Les ministres ont le droit de se défendre au vingt heures, ont tribunes publiques pour régler leurs « affaires ». J’en peux plus de ces gens-là. J’en peux plus des connards.
Sont-ils vraiment des connards ? ou juste des processus involontaires de connardise, visant à mettre en valeur l’anti connardise ? Est ce qu’il aurait pu y avoir une alternative ? La France aurait elle pu ne pas descendre en flammes, les bobos ne jamais venir dans le 18e ? Avons nous un quelquonque choix, une quelconque maitrise, tout au long de notre vie ? La vie est elle écrite ? Est elle jouée d’avance ?
Putain j'ai mal au crâne.

18.6.03

Human Way Of Life

Tout à l’heure je suis allé dans une boutique de créateurs. Ce genre de boutique se multiplie dans mon quartier. On y trouve des choses sympathiques, typiques ou franchement inutiles, mais toujours hors de prix. Des polaroids étaient à vendre. Des photos. Un mec avait pris en photo une télévision qui retransmettait les guignols de l’info. Rien d’autre. Photo classique, un pola qui lui a pris 2 secondes de son temps. Il a pris la photo, a marqué son nom : 45 euros. 300 francs. Un tout petit pola de rien du tout. Une photo floue qui ne veut rien dire. Mais c’est un créateur. Il crée, il est bon, il a du talent, il a un nom, il est IL, alors il faut aimer. Pour le prix de deux ou trois de ses œuvres, on peut avoir l’appareil, et plusieurs dizaines de photos bien plus expressives. Ca a fini de me foutre en l’air. Je suis rentré, furieux, dépité, par ce voisinage faussement convivial, en proie à l’illusion de la convivialité, de la différence, de la création, de l’expression et de la tolérance, mais en réalité régi par le business, le mensonge et la médiocrité.

On croit aimer, on croit tolérer, on croit protester, on croit exister, on croit se faire entendre, on croit être libre. Mais on ne sait rien. L’esprit le sait. Et il se meurt. Il finit par vous trainer chez le psy, en analyse, ou à l’hopital. Il vous ronge en cancer, il tue votre fils en voiture, passe par le sang ou le sperme. Ce voile de bonne conscience cache la mauvaise conscience générale. Toute la tristesse du monde.

Hier soir, j’ai maté le dernier James Bond. Ca m’a fait vraiment chier. Quand j’étais petit, j’étais fan. J’adorais Sean Connery et Georges Lazenby. Je ne sortais jamais sans mon permis de tuer dans mon mini porte-monnaie. Mais là, James Bond est devenu une espèce de Rambo débile, alcoolique et beauf. Il est con comme ses pieds et traite les femmes comme des bouts de viande. La classe a disparu. Maintenant il se sauve grâce à des gadgets toujours plus improbables. Son salut cesse d’exister. Il s’en remet aux miracles, mais les miracles n’existent pas. Dans le dernier James Bond, les coréens sont les méchants. Des méchants vraiment très cons. J’imagine comment ils ont du accueillir le film. C’est vraiment dégueulasse. James Bond, dans ce film, dit servir « l’amour universel ». On vous le dit, alors vous le croyez. Mais ce type là est plus abjecte que tout. Il tue, se venge, boit, baise, s’amuse avec ses gadgets. Mais il sauve le monde. Alors on est content. On utilise des images dignes de la propagande la plus nulle mais on s’en fout. D’ailleurs, on est conditionné à croire que le mot propagande ne s’applique qu’aux méchants : les nazis, les islamistes, les cocos. De même qu’on jure par tous les saints que notre monde libre est libre. Que nous sommes justes. Que nous sommes l’axe du bien, et qu’il y a un axe du mal. On est en démocratie, libres, et, en tant que membres du peuple, on a le pouvoir. Ah oui ça on en est persuadé, merde. Si loin, si proche.
Alors James va nous sauver. Mais en vrai, les gadgets, les voitures invisibles, les hélicoptères qui décollent d’un avion à réaction, les agents secrets cinquantenaires qui font du surf ou de l’escrime mieux que n’importe quel champion olympique, ça n’existe pas.
Bref, ce film qui se résumait à des scènes d’actions débiles enchainées les unes après les autres de façon grotesque, a fini par me saouler. Je suis pas contre les films d’action, loin de la. Ni les films débiles d’ailleurs. Il faut de tout. Mais par pitié, pas en se prenant à ce point là au sérieux… pas au nom de l’amour universel, merde.

Voila comment on nourrit ceux qui sont en manque. Voila comment on nourrit les illusions, voila comment on nourrit ceux qui sont insérés, presque irrécupérables. On leur ingurgite du cul, de l’alcool, des explosions, au nom de l’amour universel. Et on ne va pas plus loin. Dans le même temps, on fait passer quelques messages personnels, du style « Corée = méchant ». Et puis on éteint son lecteur dvd, on est content, on a passé une bonne soirée, ce film était vraiment kiffant et les effets spéciaux démentiels. On se dit que James Bond est sévèrement burné, mais comme tout le monde, et en particulier les plus intellos de nos amis, on finira par se dire nostalgique de Sean Connery. Mais on ira pas plus loin, d’ailleurs on dit ça pour faire semblant d’être intelligent, pour être à la mode, en phase avec les autres, car le bonne pensée générale admet que Sean Connery soit considéré comme le James Bond original, le vrai, bien que ses films soient les plus chiants, et les plus nuls niveau effets spéciaux, d’ailleurs on arrive jamais à les voir jusqu’à la fin, y'a pas assez d’action et on voit pas assez de nichons. Enfin bref.
Voila comment on nourrit les gens en leur donnant leurs calmants, leur raison de leur mode de vie, et leur semblant d’intelligence, d’intégrité, et de libre arbitre.
Dans cette société, on ne vit pas. On vit à votre place. On vous fait vivre. C’est le Human Way Of Life.

17.5.03

Temet Nosce

Hier j’ai regardé une émission qui fabrique des stars. Ils chantent très bien, certes. Mais ils apportent quoi ? Ils n’ont pas d’identité propre, bien que la forme soit très belle, hyper chiadée. Y'a pas de fond. Comme si le plus talentueux des réalisateurs faisait un remake plan pour plan.
Des ados chanceux, deviennent stars en quelques jours, après élimination d'une tripotée d'autres concurrents. Car évidemment, ils peuvent pas tous avoir cette chance, non, il n'en faut qu'un seul, c'est la règle de notre société. Cantonner le rêve, aux rêves. Quelques élus, pour beaucoup de malheureux. Mais votez surtout. Cette impression d'emprise sur les évènements, de choix, est le dernier cadenas qui nous enferme. Comme si ces jeunes méritaient leur sort plus que d'autres. Comme si cette façon de procéder, par des votes payant à outrance et par l'élimination publique et humiliante de tous les autres, était la plus juste possible.

C’est pas compliqué d’être une star, parfois ça s’achète ou se commande. Mais pour être un artiste, il ne faut pas quelques jours. Il faut parfois une vie entière pour savoir mettre en forme un fond. Il faut avoir pu le toucher au moins une fois.
Ils font du chant. Tout le monde peut chanter. Et d’ailleurs, il y en a énormément qui savent bien chanter. C’est pas si difficile. Le plus dur, c’est d’écrire, c’est de jouer en live, de chanter, de hurler, à en faire exulter une foule, et surtout jusqu’à les faire réfléchir.

Alors quel interêt à tout ça ? On vous voit à la télé. On a une importance. Parce que dans ce monde, plus on est vu, plus on est important. Car c’est le regard, le jugement des autres, qui fait tout. Ici, on ne vit que grâce aux autres, car on vit en groupe, on fait tous partie du même corps. On croit atteindre le graal quand on est une star, car on sort de cette masse informe, on sort du cul et on rejoint la tête. Et pourtant, c'est l'inverse qui se produit. En adoptant ce schéma et ces objectifs imposés par la société, nous rejoignons une masse informe, aux couleurs si attrayantes. Nous fuyons notre individu profond et la connaissance de nous-mêmes. Nous rejoignons l'individu-type défini par les critères de concurrence et d'abrutissement nécessaire à notre classe dirigeante. Et fuyant nous-mêmes, nous fuyons la vérité. Connais toi toi-même et tu connaitras l'univers et les dieux. Rejoins le moule et tu resteras un ignorant potentiellement dépressif. Mais tu auras alors peut-être la sacro-sainte chance de devenir un VIP.

Un VIP. Une personne trés importante. Le but ultime, la fovéa de notre société. The place to be. On rejoint le but suprême et inavoué de notre monde : gagner de l’argent en foutant rien, ou si peu. Cette société qui loue le travail, qui nous rend libre et heureux, lie la plupart pour le salut de quelques-uns, dont on projette les aventures, telle une carotte sous notre museau. Oh oui, on loue le travail, l'effort, mais on idolatre des peigne culs qui se prélassent. Pourtant ils sont nos guides. Ils sont les références, les précurseurs. On se fait tous chier jour après jour dans l'idée qu'on pourra gratter le ticket gagnant, par hasard, relation, casting ou concession, et rejoindre ce club de luxe.
Des gens beaux, bronzés, musclés, à la voix parfaite, bien habillés, riches. Même les moches deviennent beau en devenant star. Mes les fringues ringardes deviennent au top lorsqu'elles sont portées par des stars.

Tout ce petit jeu constitue notre essence, ce qui nous motorise à accepter ce mode de vie absurde. On est conditionné à croire que c’est la vie parfaite, le but ultime de toute existence : être bronzé, belle gueule, et riche. Un rêve paradoxal de gloire facile qui nous fait accepter une vie éprouvante de labeur. Des fourmis qui idolatrent quelques cigales.
Parfois il suffit d’une apparition télé, quand bien même un type était inconnu avant, pour que les jeunes cons s’arrachent ses disques. On prend ce qu’on nous donne. On écoute ce qui passe. On ne cherche pas ailleurs, d’ailleurs on ignore qu’il y a autre chose. On marginalise les « originaux », les « bizarres », les « démodés ».

Souvent les VIP s'entraident, se coproduisent, s'invitent et se propulsent. Les stars finissent par rester entre stars, et rejettent la médiocrité d'en bas, tout en leur envoyant plein de bisous. De si loin. Depuis peu ils nous engueulent de les critiquer et même parfois de les voler quand on a le culot de savoir se servir des nouvelles technologies. Mais peu importe, ils sont la bonne parole, car c'est les seuls qui l'ont, la parole. On a plus vraiment le choix. On a été élevé à la télé, c'est un réflexe comme manger ou boire, alors si la qualité baisse, on arrêtte pas. On regardera de la merde. En se plaignant, si peu. Car notre cerveau et notre esprit critique fond à vue d'oeil. Et puis nous n'avons plus besoin d'esprit critique, car on nous le fournit aussi. On nous conditionne à adorer des êtres parfaits et aussi d’autres qui ont une dose de politiquement incorrect, comme pour mieux masquer l’illusion, et faire croire que le mouvement contestataire existe encore. Ainsi le Che s'exhibe en série sur des tshirts griffés. Tous les icones à l'opposé de ce système, sont maintenant des faire valoir qui endorment notre vigilance en satisfaisant nos aspirations profondes de changement.

Les stars guident notre façon de penser, et notre façon de nous habiller. Quand on voit toutes les petites minettes qui s’habillent comme leurs idoles. A 10 ans elles se maquillent, mettent des strings. Toutes les gamines effacent leur enfance. Non, maintenant, même cette période de liberté et d’innocence doit disparaître. Il ne doit rien rester, pas une once d’humanité. Bientôt, des 5 ans, tout le monde sera conditionné à s'intégrer à ce mode de vie, des parfaits robots sans cervelles, des machines à consommer, des machines à se montrer plus beaux que les autres. On est tous des lièvres pour les autres. Et les chiens sont derrière. Ils gagnent du terrain.
Aujourd'hui, on ne distingue plus les filles de 20 ou de 13 ans. Elles s’habillent pareil, elles font pareil. Et l’enfance, l’imaginaire, tout ça, disparaît. Et a 20 ans, elles sont de parfaites petites vieilles. Regardez Britney machin, elle parle comme une vieille, rit comme une vieille, est tirée de partout. Le processus s’accélère au fur et à mesure on dirait.
Et l’enfance, ce monde merveilleux, de disparaître, d’être marginalisé par des petites connes pré-pubères. Et à 30 ans, ils se retrouveront tous à chanter les chansons des dessins animés d’antan, nostalgiques et déçus par la vie adulte. Mais c’est pas grave, puisque c’est "cool" d’être un vieux con nostalgique à 30 ans.