7.4.06

Soupe de grenouilles

C’est très difficile de se faire un avis, de savoir ce qui est vrai et qui est digne de confiance. Parmi les dogmes, les courants de pensées, les théories du complot, les informations. Car même les médias officiels se permettent de manipuler les gens. Les journalistes sont toujours plus mielleux, annoncent les nouvelles les plus graves avec un sourire chaleureux, et flattent les responsables de nos maux. On a l’impression qu’ils deviennent de simples rapporteurs de la bonne parole. Des brosseurs de poils, mais dans le bon sens. Certains auraient pu être toiletteurs pour chien.

Alors forcément, dès qu’on s’éloigne de la bienséance, en regardant des "théories alternatives", on passe pour un con. Et en même temps, ça peut se comprendre, elles sont tellement mal ficelées. Les sites contestataires sont souvent consternant. De manière générale, il semble que personne ne veuille faire un travail sérieux de contestation. Par exemple, actuellement la situation actuelle est du pain béni pour les syndicats, mais leurs dirigeants ne réagissent pas. Ou alors ils grommellent en utilisant des slogans préhistoriques, qui ne touchent plus le même public. Ils ne s'adaptent pas. Pourtant il y aurait de quoi faire ?! Leur inaction ou leur curieux (complice ?) manque d'ardeur favorise l'acceptation des gens d'une situation qui est plus que merdique. Cela encourage les gens à rester de marbre quand on les maltraite. L'étiquette beauf-ringard-prolo scotchée aux syndicats n'aide pas. Car ici, être ringard c'est pire que la mort. Pour être dans le coup ces jours ci, il faut être libéral.

Les syndicats sont muselés, ridiculisés, ou inactifs. Ils ne font plus rien. La gauche non plus. On se scandalise du nombre de congés des français alors qu'on rêve tous que de ça, partir en vacances. On critique la gauche, sous les ordres des riches people qu'on voit à la télé. On se dit qu'il faut penser comme ça. Et qu'un jour, nous aussi on pourra avoir une belle voiture et un bronzage parfait. C’est à croire qu’il n’y a pas de pauvre dans ce pays. Ils sont pourtant en écrasante majorité. Mais ils ne votent pas. Car les médias ont cessé de leur parler. Ils ont obtenu l'abstention des pauvres, qui se reconnaissent si peu en la société toute puissante et implacable reflétée par la télévision. Ils se sentent en minorité et ne vont donc plus voter, c'est perdu d'avance. Et puis l'individualisme prôné a eu raison des plus faibles. Ils préfèrent se cacher ou se taire. Les médias désormais régis par de riches intérêts privés se garderont de réveiller ce sentiment de force et d'union de cette majorité passive et silencieuse.

Journaux et télévisions ne parlent plus qu’à mes parents, aux retraités de la Côte d'Azur et de l'Ouest Parisien. Mon père pense que les banlieues sont mal famées, que le chaos est aux portes de Paris. On vit à quelques kilomètres l’un de l’autre mais c’est comme si tout un océan d’incompréhension nous séparait. Ils vivent dans un ghetto pour riches, ou rien ne peut les atteindre, et ils se sentent en insécurité. La faute au journal de 13h, qui les endort avec les traditions régionales de leur enfance, et du 20h, qui les réveille en sursaut avec je ne sais quel acte odieux perpétué par une bande de jeunes sadiques. Mais vous inquiétez pas, notre futur président-sauveur nous en débarrassera, signez ici svp.

Même les pauvres voteront pour lui. On décide pour eux si telle ou telle personne vaut le coup. Si tel ou tel sujet mérite d’être entendu. Des faits divers, il y en a partout, à tout moment, et de tous temps. Mais il suffit d'en sélectionner judicieusement quelques-uns, à des moments opportuns. Ainsi en 2002 on a eu deux candidats dont personne (ou si peu) ne voulait au second tour des élections, à cause de quelques reportages bidonnés aux infos sur le sadisme de jeunes racailles. Si les médias daignaient parler des salariés intimidés et harcelés quotidiennement, du pouvoir d’achat qui a fondu depuis l’euro, des profits des actionnaires qui explosent au détriment des salaires, et surtout le truc qui me rend dingue, si quelqu'un osait parler des "anomalies" du système monétaire mondial et de la création monétaire ? Si les journalistes osaient réapprendre leur métier et faire un travail d'investigation, si les médias en parlaient comme il se doit, tout s’arrêterait !

Or la libéralisation du marché a permis aux gens proches du pouvoir de possèder la quasi totalité des médias et d’avoir micro ouvert sur le monde. Les intérêts privés ont étouffé l'intérêt public. On ne se tire plus vers le haut. On s'écrase. La science fiction rejoint la réalité, dans l'indifférence la plus totale. C’est l’argent qui gouverne tout. Ce sont toujours les mêmes qui peuvent accèder au pouvoir. Ce sont ceux qui ont les moyens de payer une campagne présidentielle, ou bien qui ont les "amis" nécessaires à un tel financement. Et qui bien évidemment auront des contreparties par la suite. Ne me faites pas croire que des généreux donateurs vont vouloir oeuvrer pour les miséreux de la France d'en bas en faisant élire un candidat de "droite dure". Si dure putain j'y crois pas. Je connais tellement de gens qui vont voter pour lui c'est cauchemardesque. Et en face on va nous mettre des mous du genou. Forcément, y'aura pas d'alternative. Pire ou pire, le choix est cornélien. C'est à croire qu'on sabote ou qu'on achète le silence de toute forme d'opposition consistante.

Notre plus grande faute est de laisser des privés accumuler les pouvoirs. Le pouvoir des armes, de l'argent, de l'alimentation, de l'information. Tout finit par être racheté par les mêmes. Et les gens applaudissent, se mettent à la mode du libéralisme. Ils écoutent attentivement ses leaders si séduisants qui leur promettent monts et merveilles. Ils se mettent eux aussi à dénoncer les dérives du service public. Les privilèges des fonctionnaires. Les mots durs des journalistes gauchistes qui contrôlent la presse. Oui, ils arrivent à croire ça aussi. Ils croient dur comme fer que nous allons vers le meilleur des mondes. Et que ces gens qui nous dirigent feront preuve de moralité. Pourtant, dans les faits, entre nous, gens d'en bas, ce n'est pas vraiment un climat de confiance : on se dévisage, on s’ignore, on se méfie du moindre petit jeune basané, on espionne son voisin, on se jalouse et se dénonce. Mais les golden boys, ah non, eux ils sont au dessus de tout soupçon. On leur donne les yeux fermés les clé de notre garde-manger, notre voiture et notre maison. Bientôt on leur filera les clés de nos corps, ils gèreront nos organes pourquoi pas.

Bientôt ces gens qui accumulent tous les pouvoirs pourront décider de couper l'eau chaude, l'eau froide, l'électricité, la voiture, la médecine, tous ces trucs auxquels nous sommes accoutumés. Nous aurions du nous battre pour un service d'intérêt général. Malheureusement nous avons ringardisé et diabolisé toute forme de défense et de solidarité collective. La liberté, l'égalité, la fraternité, la marseillaise, tout ça n'existe que le 14 juillet, le temps d'un feu d'artifice que nous ne comprenons pas. On apprend dans les bouquins d'histoire que la révolution française nous a libérés de la monarchie absolue, de la concentration des pouvoirs. On vous dit qu'on est dans le monde libre. Mon cul. C'est un monde qui n'a de libre que le nom. Il est aussi libre que les freedom fries. Il rend libre la dictature et renomme la monarchie en république.

Le libéralisme débarque en force en France. Et ça va plaire. C'est dans le coup. On nous a tellement persuadés que les pauvres sont des ploucs qui méritent leur sort. Que le socialisme rend pauvre, ringard et dangereux. De toute façon dans libéral, il y a liberté, donc c'est bien non ? Dans l'immédiat, les gens sont attirés par les beaux slogans, les jolies couleurs des publicités, les modes des grandes marques, car ça brille, c'est beau, c'est jeune, c'est dans le coup. On veut sa chance de faire fortune, de rester jeune et dans le coup. On veut notre droit d'accès au luxe, montrer patte blanche à logos LV. Quand on a, on est, se dit-on. Alors nous voulons avoir tous ces trucs chouettes, nous aussi.
On se dit que ces hommes politiques ont raison, que la privatisation, le marché, la concurrence, c'est bon pour nous, c'est bon pour la relance économique, et donc pour moi.
Mais bordel suis-je le seul à constater que la valeur de mon porte monnaie fond à vue d’œil ?! Je pars plus en vacances, je peux plus. Je m’achète plus rien. Et le hard-discount, je suis le seul à trouver ça dégueulasse ?! Est-on obligé de bouffer de la merde qu'on se procure dans des hangars miteux ? Avant c'était pas le cas. J'allais aux mêmes endroits que les autres et je me nourrissais comme eux. On a l'impression qu'on repousse les frontières. Le luxe atteint des prix vertigineux, comme un club privé aux droits d'accès décourageants. Et la pauvreté devient repoussante, crade, honteuse. Lafayette Gourmet contre Ed l'épicier.

Suis-je le seul à constater que l'Europe est un vaste traquenard économique sous couvert d'union, d'échange et de liberté ? Encore une fois, on confond liberté des hommes, et liberté du marché, sans se rendre compte que dans les faits, ce sont deux concepts qui s'opposent intégralement. Depuis quelques années, un smicard ne vit plus, ne se divertit plus. Il survit. Dieu merci on peut encore télécharger de la musique. Mais ces ordures font tout pour empêcher le téléchargement en restant à l'âge de pierre du disque. Ca me conforte dans l'idée qu'on est dirigé par des nuls. Ils n'ont pas vu internet, ils ne voient rien arriver. Ne s'adaptent pas. Ne sont intéressés que par le fric et le contrôle des gens du dessous via leur business. Comme les pétroliers qui veulent garder leur monopole en étouffant les énergies libres. Et les fabricants de tabac qui font tout pour cacher la nocivité des cigarettes. Avec la complicité de l'Etat biensur qui en profite pour nous culpabiliser avec indignation et surtout taxes rentables. Si elle vous plait pas la cigarette, puisqu'elle est dangereuse à en placarder des photos de poumons sur les paquets, interdisez-la bon dieu ! Bridez les voitures ! Sacrilège ! C'est pas bon pour le marché tout ça. Le sacro-saint marché. On préfère brider les hommes plutôt que les entreprises et les machines. Desfois j'aimerais qu'ils aillent jusqu'au bout de leur idée et qu'ils foutent des photos de cormorans englués sur les stations service. Ou sur les portières de bagnole. Pourquoi pas des photos de petites filles accidentées de la route ? On y viendra. J'aimerais surtout des posters de SDF et de morts de faim devant la Bourse. Et à l'intérieur, à côté du CAC40, un décompte du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté. On l'appelerait le CAC4Milliards.

Tel un jeune con sans le sou, je télécharge de la musique. Je suis un pirate, je commets le crime diabolique de persister à m'évader en chanson. Je suis une ordure, un voleur, on le crie aux infos, et vous en êtes progressivement persuadés. Je vole les artistes. Je mérite la prison parce que je télécharge quelques méga octets mal encodés qui ont le tort d'adoucir ma vie. Gratuitement. Pour certains, la gratuité c'est pire que le vol. La gratuité c'est le pire des crimes car ça exprime la fin de leur petit pouvoir, de leur si précieux marché. De leur business chéri. Désolé de pas pouvoir claquer 20 euros dans un cd qui ne sera pas lu par mon pc. La faute aux super protections mises en place par les "défenseurs de l'art". On a l’impression que c’est marche ou crève, et que rien ne doit nous divertir. Seuls les riches ont droit aux divertissements et aux vices, ce sont maintenant des privilèges.
Putain mais je savais pas que j’étais pauvre. Ca m’a sauté à la gueule lorsque j’ai constaté depuis combien de temps j’avais pas pu partir en vacances. Avant, avec le même salaire, je faisais des tas de trucs. Ca me fait penser à l’histoire de la grenouille qu’on noie dans une eau qu’on chauffe progressivement. Elle ne sent rien. Et se laisse mourir. Je me suis laissé mourir bordel de merde.

Les mesures vont se durcir, car l’appétit de la rentabilité du marché est une gourmandise sans faim et sans fin. Ca ne s’arrête que si on la stoppe, que si on se met en travers. L’acceptation silencieuse et ignorante des gens va dans leur sens. Ils ont pris leurs aises et ne s’arrêteront pas de leur propre chef. On souhaite que l’individu qui nous marche sur le pied s’arrête de lui-même mais il ne le fera que si l’on exprime notre douleur : par un aie, par un coup, par un heur. Par quelque chose bon sang. Chaque soir, devant notre écran, nous attendons que quelqu'un exprime ce "aie". Nous attendons ça de la part de gens que nous prenons pour nos modèles, nos réferents, nos porte parole. Il est temps de nous rendre compte que ceux-ci ne jouent pas pour nous. Il est temps de prendre une inspiration, de remplir d’air nos poumons et de crier très fort. De hurler tous ensemble. Ne pas se laisser bouillir dans la marmite. Wake up.

31.10.05

Monsieur Connard

On a changé d’heure. Il fait déjà très sombre. J’ai fait une sieste alors qu’il faisait beau, et au moment ou je voulais sortir me balader, il faisait déjà sombre. Je suis un peu dégouté, car c’était peut-être la dernière belle journée de l’année. J’ai gâché mon temps.
J’en ai assez d’être un connard. Je suis allé acheter du pain, et des beignets. Un sdf édenté m’a demandé une clope, alors que je priais pour qu’il ne me remarque pas. Ouf, il ne voulait qu’une clope…
Putain mais j’ai l’impression d’être revenu des mois en arrière… tout ça c’était acquis… c’est tellement dur de marcher avec ses convictions, surtout lorsqu’elles sont en total désaccord avec les petits riens qui font la vie de tous les jours. C’est tellement dur d’être quelqu’un de bien ici, car il faut TOUT revoir, tout changer. Car tu ne peux pas sélectionner tel ou tel moment, telle ou telle situation au sein de laquelle tu es un mec bien. Ce sdf, tu lui donnes de l’argent, mais pas lui, ni lui. Ce client, tu es aimable avec lui, mais pas lui, ni lui. Aujourd’hui tu souris, mais ici il faut que tu fasses la gueule.
J’en ai marre. Voilà, je pousse ma petite gueulante, car c’est un déchirement à chaque fois que s’engage dans ma tête un conflit entre l’homme bon qui est en moi, et mes réactions de connard. L’angoisse du sdf, la radinerie subite. Putain j’avais dix euros en poche, deux beignets et une baguette. Et lui il avait même pas de dents. Et alors ? quoi ? je lui apporte un repas, l’invite chez moi ? lui paye un coup ? et après ? demain ? après-demain ? je fais quoi, je m’arrête à tous les coins de rue, je transforme mon studio en refuge ? je ne mange plus tant que j’ai encore des dents ? je ne m’achète plus rien tant que j’ai encore de l’argent ? quitte à faire une bonne action, je veux la faire jusqu’au bout. Changer les choses, faire en sorte qu’aucun trouduc n’ait plus jamais peur d’un type qui a plus de dents certainement affamé et qui demandait poliment une clope. Je veux le faire, mais je ne sais pas comment. Qu’est ce que je dois faire. Putain j’en ai ras le bol de chez ras le bol. La vie me saoule à un point inimaginable. C’est tellement relou d’aller de l’avant mais de sentir une forme de régression perpétuelle. Ya desfois je voudrais qu’une onde de choc sorte de moi et se fasse tout, tout autour de moi, si bien que tout serait refait, comme il faut. Tout serait changé en bien. Desfois je suis tellement vénère tout seule dans la rue, derrière ma face impassible, que j’ai l’impression que cette onde de choc va sortir. Mais au lieu de ça, je continue de faire comme monsieur tout le monde, comme ce cher monsieur connard. Un trouduc qui foire son dimanche ensoleillé dans son studio minable et qui se demande à la fin de la journée comme il a fait pour foutre sa principale journée de la semaine en l’air. Alors que toutes ces actions vaines et vides de sens méritaient une contrepartie, une récompense qui voudrait tout dire. Mais nan, ya rien, rien qui dit que j’ai raison d’être un connard semaines après semaines…

21.10.04

Love etc

Les hommes sont des cons. Ils ont tout l’amour du monde entre leur main et ne font que de se battre. Personne ne veut de la mort, de la guerre, mais les hommes s’efforcent et s’entêtent à se battre pour des morceaux de terre, prétexte de toute leur vanité et de tout l’amour qu’ils n’ont jamais eu. Aimez-vous les uns les autres et c’est tout. Faites l’amour, pas la guerre. Toutes ces phrases devenues bateau et clichées résument à elles seules ce qui ne va pas. Regardez les politiques jouer leurs petits chefs, les présentateurs du journal télé prendre un air grave, les journalistes s’extasier sur leur prose, les regardez philosopher sur des choses « graves », les regarder tous se branler, toujours et encore, sur l’homme et ses fantastiques batailles, politiques ou réelles, regardez les jouer aux hommes, aux petits chefs, au milieu de leur branlette intellectuelle organisée. Si intelllligents, si CONS.

A se branler sur du vide, sur des choses sans importance aucune, sur des trucs si futiles. Et nous on les craint, et se plie, on applaudit parfois. Pourquoi cette violence intellectuelle ? On est tous des terroristes, manipulés par des généraux, par toute une armée de cons, d’humains si cons, et si bêtes parfois. La chose la plus importante de nos vies devrait être celle qui nous fait le plus de bien. Celle à laquelle nous devrions nous consacrer à plein temps. Qu’est ce qui est plus important ? Le chiffre d’affaire du mois comparée à l’année -1, ou l’amour qu’on devrait porter à ses enfants, à sa femme, à soi-même aussi, à tout le monde, à notre chien, notre chat, nos poissons rouges, notre habitat et tout ce qui l’entoure, ce qui l’éclaire, le réchauffe, le fait vivre.
Evidemment, vous allez me dire que le C.A de N comparé à N-1 conditionne le reste, et vous fait vivre. Ne pensez vous pas que ce devrait être l’inverse ? Que le fait d’aimer et d’être aimé devrait vous faire vivre ?

Aujourd’hui on en est réduit à travailler pour acheter de l’amour. Impressionner votre future conquête à coups de billets de banque, gâter vos enfants à base de la dernière console de jeux videos, offrir une belle bague à votre epouse pour la consoler d’être seule le soir, tous les soirs, même en votre présence.
Aujourd’hui tout se monnaye, et la monnaie se gagne en étant mauvais, traitre, menteur, déloyal. L’amour on le gagne par des souffrances infligées aux autres. Notre tranquilité occidentale du week-end auprès de notre douce, on la gagne en semaine en mettant à sac le tiers monde.

Comment voulez-vous déguster ça ? L’amour c’est un truc à plein temps, qui ne se calcule pas, ne s’achète pas. Car vous serez toujours déçu par votre amour quand ils vous a couté toute votre vie de travail. Car vous en voudrez toujours plus pour toutes ces heures de boulots effectuées. Et ne serez jamais contentés. Car ce qui a le plus de valeur au monde est gratuit. L’amour ne s’achète pas.

Et ces gens de prendre des prétextes, histoire de s’évader, de penser à autre chose, de justifier ce manque d’efficacité dans l’art de l’amour, et donc de partir en guerre, de philosopher, de filmer, d’écrire, de jouer à la politique, de se sentir important de parler de choses censées être importantes, alors que ce sont des prétextes vides, et faux. Ils sont impuissants, et le font oublier en faisant leurs guerres. Ils sont impuissants, et exorcisent ces douleurs en construisant des buildings toujours plus hauts et imposants.

Mais à la base, ils sont impuissants car ils ne savent pas aimer et être aimés, car ils ont la trouille de louper ce qu’ils ont payer si cher, car ils ont la trouille de passer autant de temps pour se payer ça, car au fond ils aimeraient avoir le temps de se pencher sur le problème, le temps de profiter de l’amour, mais ça ils ne le savent pas. Car ils sont rongés de soucis, de stress, provoqués par cette quête de l’amour. Car au fond d’eux, ils savent que tout ce qu’ils créent est faux, que tout ce qu’ils ont fait a été vain. Que si c’était à refaire, ils auraient fait autrement, n’auraient pas tout sacrifié pour leur réussite professionnelle. Mais c’était impossible… sans diplôme, pas de travail, sans travail, pas d’argent, sans argent, pas de voiture, pas de nourriture, pas de maison, pas d’amour, pas de vie. Aujourd'hui on privililégie réussite professionelle et performance. Gain personnel et non don de soi. Ce sont des choses complètement opposées et que nous confondons pourtant. Car nous sommes persuadés que notre réussite nous apportera l'amour.
Voila le problème. Alors il faut changer ça.

Pourquoi pas de vie sans amour ? parce que c’est encore la seule chose qui nous fait penser que la vie est belle, c’est cliché mais c’est pourtant la seule réponse à la fameuse question : pourquoi la vie mérite-t-elle d’être vécue, pourquoi la vie mérite t elle d’être sauvée ?
Nous vivons tous inconsciemment pour ça. C'est ce qui nous unit. Mais dans notre société, nombreux sont les bâtons qui frappent nos roues. Notre société n’est pas faite pour aimer, et en aucun cas optimisée pour l’amour. Je ne dis pas que c’est la seule chose qui compte, mais c’est certainement la seule chose susceptible de rassembler positivement les habitants de cette planète. En optimisant pas cette quête, nous risquons l’insatisfaction, la déchéance, et le détournement vers des problèmes prétextes.

Aujourd'hui on apprend pas aux gens à s'aimer. Je connais personne qui se bat pour trouver son amour. Non, en général, on prend ce qu'il y a. Ce qui se présente. Car ça nous fait mal à la gueule de prendre son destin en main. La plupart des gens se choisissent des clones de leur mère qu'ils trompent dès qu'ils peuvent plus les voir en peinture. Mais officiellement, tout va bien. Ca finira en divorce mais on ne sait plus pourquoi. On se choisit des gens de son milieu, qui nous ressemblent le plus possible. C'est pas de l'inceste mais c'est tout comme. On a tellement peur des autres ici. Tellement peur de ce qui pourrait pourtant nous complèter et nous apporter ce qui nous manque tant.

D'autres se font choisir leur femme, à qui l'on impose tout. On lui impose même de se cacher parfois, et on dira même que c'est dieu qui a voulu ça. Et pendant ce temps, on s'éclate, et au moindre bout de peau qui dépasse on la traite de salope.
D'autres décident sous le masque de la vertu qu'il faut pas coucher avant le mariage. Ou bien même, affirment que le célibat et l'amour d'un icone est la voie de la sagesse. Comme si l'avarice était la voie de la générosité.
Non, tout est organisé pour qu'on ne puisse pas choisir. Car choisir, c'est s'exprimer. Et s'exprimer, en amour, c'est le risque de se prendre une veste. C'est le risque de voir étalé au grand jour la petitesse de son sexe, la nullité de son esprit. Et le risque de la voir partir pour un autre.
Aujourd'hui peu de gens savent s'aimer. Se trouver, se quitter, se remettre en question. Tolérer, échanger, apprendre et faire apprendre. Se donner.

L'amour. C'est la seule chose qui fait qu'on est encore toléré par l'existence et on ne se penche toujours pas dessus. On a les boules. Surtout les hommes. Et comme ça nous fait chier de l'admettre, on va faire mumuse, se défouler sur une vie professionelle. Faire des ptites gueguerres. Essayer d'étriper cette chose impalpable qui nous torture en l'incarnant chez un ennemi ordinaire. Le premier qui passe. Combler le vide qui nous aspire en cherchant à accumuler le plus de biens. Je n'ai pas l'amour mais j'ai 3 ferrari et une belle louloute qu'en pensez vous ? Je l'aime, la preuve je lui ai payé ses nouveaux seins ?!
C'est notre société capitaliste. Accumuler, accumuler, toujours plus. Mais l'amour c'est quelque chose d'infini, d'énorme, qui n'a pas de valeur. Trouver l'amour c'est justifier son existence, c'est ne plus avoir peur de rien. Aucun bien, aucune réussite professionelle, rien ne pourra combler le vide si gourmand qu'on s'efforce de remplir avec tout ce qu'on trouve.

Et puis on continuera de se persuader que l'amour rime avec soleil, bikinis, belles gonzesses et voitures décapotables. Le moindre sitcom ou télé réalité vous en convaint. Ca se trouve comme ça. Comme un claquement de doigt. On dit je t'aime en deux secondes et c'est le pied wouah. Et pour vous en persuader on vous appate avec des gourmandises, le sexe. Oui, le sexe, nous en avons tellement besoin. On nous le décline à toutes les sauces. Le moindre reportage, le moindre magazine, qu'il traite de voiture, de bouffe, ou de voyage, fera tout son possible pour vous montrer un bout de téton. Le moindre magazine de 7 à 77 ans trouvera n'importe quel prétexte pour placarder le mot SEXE à la une 12 mois par an. Nous sommes drogués au sexe. Il est notre substitut à l'amour que nous ne trouvons pas. Nous ne le trouvons pas car notre société a besoin de le planquer, de le violer, de le trahir, pour fonctionner.

Les hommes ont pris pour habitude de culpabiliser les femmes, et de justifier ainsi la domination qu'ils leur imposent. Nous les rendons coupables du péché originel. Elles nous auraient apporté la connaissance. Notre nouvelle condition que nous craignons tant. Je me dis que cette condition est nécessaire à la compréhension de l'amour, à son juste accomplissement. Et que le fait de culpabiliser les femmes revient à rejeter l'amour. On préfèrerait être des tocards célibataires plutôt que des apprentis amoureux qui se prennent la tête. Je préfère me dire que l'homme a pris le risque de connaitre cette condition pour pouvoir gouter à l'amour et aux femmes.

Aujourd'hui, on ne sait pas aimer. L'amour, le don de soi. On ne sait pas se donner, car il n'y a rien à donner. On ne sait plus vivre par soi mêmes, on vit pour les autres, on se font dans la masse. On apprend à "aimer" ce qui nous ressemble, à cultiver ce qui parait au détriment de ce qui est. On apprend à aimer notre société uniforme et égoïste. C'est de l'anti-amour qui nous mène à notre perte.
Voila pourquoi on est tous si tristes, si cons. On est mal aimés, insatisfaits, frustrés, on est des impuissants, on est plus ou moins 70 années de vide, de rien, de faux, un simple nombre ayant toujours aspiré à figurer dans une équation qui ne sera donc jamais résolue.

16.9.04

Pince-mi et Pince-moi

L’homme n’a pas le pouvoir. Il ne maitrise pas les événements. Il cherchera toujours des coupables à tous ses maux, car il veut ignorer le vrai coupable. Car reconnaître ce coupable, ce serait reconnaître le fait que l’homme n’a pas le pouvoir. Car ce coupable est aussi le bourreau de l’orgueil humain : le hasard. Or le hasard, c'est Dieu qui veut passer incognito.
L’homme veut le pouvoir à 100%, il ne supporte pas le fait de ressentir ce pouvoir, sans le décider, sans le maitriser. Comme un cheval indomptable, qui saute, se cabre, tape avec ses sabots. Se heurte à l’enclos. L'homme a le vouloir, et pense avoir le pouvoir, car il a la bombe, la cravache, les bottes, et semble tenir les rênes. C’est lui qui peut décider et qui sait diriger le cheval. C'est lui qui monte et qui nourrit. En considérant qu’il n’y a rien au delà de l’enclos, c’est lui qui fait que le cheval existe dans cet enclos.

L’homme veut le pouvoir. Il craint sa condition, il exècre le hasard, il hait dieu, tout en proclamant l’aimer, et croire en lui. Mais il le hait profondément. Il hait les cailloux saillants, il hait les parasites, les guêpes, les araignées, il hait les morsures, le vent, les inondations, il hait les catastrophes, il hait les imprévus. Car l’homme est capable d’imaginer l’inexistence de tous ses maux, et car il est capable de prévoir. Il hait qu’on lui impose ces maux. Qu’on l’angoisse. Mordra-t-il ? Mordra-t-il pas ? L’homme a peur. Il a la conscience du pouvoir, il voit les rênes du pouvoir sous ses yeux, mais ils sont impalpables, il passe au travers. Quelque chose lui échappe.

Pour compenser, pour inéxister sa peur, pour nier sa vulnérabilité, il cherchera le pouvoir. Sur les autres. Pape, banquier, roi, pdg, président, quoi que ce soit. Seul le pouvoir compte. Peu importe la haine, avec le pouvoir, je maitrise ma vie. Quoi de plus ? Encore plus de pouvoir. Après, je ne crains plus dieu. Du moins en ai-je l’illusion. Je semble maitriser tous les aléas autour de moi. Je fais un pied de nez à dieu. J’encule dieu. Je l’encule profondément, d’autant plus quand je file à la messe le dimanche matin. Je l’encule, car deux heures après, je m’empiffre à déjeuner, puis je fais ma sieste devant le grand prix, au chaud, et en sécurité dans mon salon, la ou personne ne peut m’atteindre.
Ces hommes qui ont peur finiront par créer un nouvel ordre mondial, afin de régner sur les faibles. Les forts impliquent les faibles, les faibles expliquent les forts. Les forts ont besoin des faibles, comme dieu a besoin des hommes. Le bien a besoin de mal, le bonheur a besoin de malheur, la richesse a besoin de pauvreté. La joie n’a besoin que d’amour.

L’humanité a perdu dieu, a perdu la vérité. Les puissants et leur société en sont les substituts. Comme tout substitut, il faut en changer. Car l’homme assimile, et il faut évoluer. Jusqu’à la limite, jusqu’à ce que ça ne passe plus. Auquel cas il faut faire croire à un renouveau en forme de purge universelle. Sinon tout se détruit. Avec un peu d’espoir, et un miracle, on peut espérer sortir de ce cycle, et faire embrasser aux hommes la vérité.
Les hommes n’accepteront dieu que si dieu les comprend et inversement. Les hommes accepteront que dieu prennent en charge leur milieu uniquement si ils ont confiance en lui. Uniquement si nous sommes sur la même longueur d’onde, et que celle ci s’avère être la seule possible. Il faut que les hommes aient confiance en dieu, et inversement. Seule une vérité absolue, seule une référence irréfutable, pourrait provoquer un tel changement, et le rejet du « pouvoir » humain. Il faut que l’homme soit rassuré sur son univers, sur sa nature, sur les projets de dieu, sur la mort, sur la souffrance, sur sa vie et ses actes. L’homme a tellement peur de tout foirer. Il se retrouve largué la dedans, avec quelques années de vie, avant de se faire bouffer par des bêtes immondes sous terre. Il se voit lâché la dedans, il sent tout le potentiel, mais n’est maitre de rien. Il subit, il souffre, il angoisse à mort. Et les années passent si vite. Personne ne lui dit quoi faire, personne ne lui donne de mode d’emploi. Pas de plan, pas d’issue de secours, rien du tout. Alors comme tous les autres, on se barricade, et on prend ce qu’on peut, comme dans toute panique, comme dans toute émeute. On pille, on braque, on se bat bec et ongles pour gratter quelques bouts de vie. On se bat, et on tente d’être maitre de notre destin jusqu’au bout. On veut tenir le plus longtemps possible, comme si notre vie était un navire entrain de sombrer. Les plus puissants tentent de gagner la poupe, et se battent pour être les derniers à grappiller une bouffée d’oxygène, une dernière. Et puis lorsqu’on sera tous à l’eau, on se coule, on s’agrippe à ce qu’on peut.
C'est la loi de la jungle, version humanisée. Le plus cruel survit, la peur éloigne le reste.
Seule la vérité changera tout ça.

31.8.04

Bigfoot au Pentagone

Je lis "1984". C’est glauque. J’aime moyen. D’habitude, les bouquins m’emmènent loin. Celui-la, j’ai l’impression qu’il m’entraine ici, la, tout près. Un air de déjà vu. Depuis que j’ai commencé à le lire, je sais pas si c’est un hasard, je peux plus regarder les informations à la télé, ni les écouter à la radio. Chaque onde sonore ou visuelle issue d’un JT semble être une lame de rasoir qui entaille mes oreilles jusqu’à la cervelle. Alors je cherche les informations sur internet. C'est un coup à prendre, se réhabituer à s'informer de manière active, et non pas passivement. Il vaut mieux se fatiguer à chercher de la nourriture saine, que d'être gavé de cochoneries par autrui.
La semaine dernière, j’ai trouvé un site internet fantastique qui résume assez bien mon état d'esprit, qui parle de beaucoup de domaines auxquels j’ai pu m’intéresser ces trois dernières années. J'étais trop content, c'était tellement… improbable !!! Ca fait trois ans que je parcours internet à la recherche d’un site comme ça… Même s'il est loin d'être parfait, et pousse un peu loin dans certains domaines « ésotériques ». Mais l’auteur garde, contrairement aux autres sites qui partent vite en couille, une certaine distance, une objectivité convaincante. Je voulais écrire au webmaster, mais je sais pas quoi lui dire. Merci je crois.

J’ai réellement découvert internet le 11 septembre 2001. Ce truc m’a tellement remué que quelques jours plus tard j'ai commencé à écrire et à m’intéresser à ce qui m’entoure. J’étais tellement scotché par ce qui venait de se passer en direct à la télé, que j’ai passé la nuit sur internet à essayer de comprendre. On parlait déjà de Ben Laden, je voulais savoir qui c’était. Je me suis aussi tout de suite mis en tête que c’était louche. Une impression de déjà-vu. Oswald et JFK, les assassinats de Martin Luther King et Bob Kennedy. On avait le coupable tout de suite et trop facilement, avec des motifs qui tombaient à pic. Comme si on pouvait être incompétent au point de laisser un crime être commis tout en résolvant l'enquête en moins de deux.
Et puis c'est dans la lignée de tous ces incidents bizarres. C’est toujours les types biens, les pacifistes qui attirent trop l'attention ou qui s'approchent trop près du pouvoir, qui meurent dans des circonstances jamais claires, jamais limpides, laissant présumer un complot ou une manipulation de la part d'ordures sans nom. Sans tomber dans la paranoïa, il suffit juste de se poser les bonnes questions et de garder la tête froide pour réaliser que quelque chose cloche.

Sur le moment, je croyais pas au fait que des terroristes puissent piloter un avion de ligne, et surtout le planter sur un building. Ni sur deux. Et encore moins sur trois. J’avais en tête les images du GIGN français faisant un sans faute à Counterstrike sur le tarmac de l’aéroport de Marseille. Et puis aussi le souvenir d’une poubelle explosant à quelques mètres de ma pomme en 1995 place de l’Etoile, faisant un grand boum, beaucoup de peur, et quelques blessés.
Alors je me suis dit, aussi désespérés soient-ils, les terroristes ne peuvent pas être aussi minutieux dans leur folie et atteindre un tel succès. Rien qu'un avion à détourner, un seul, c’est très compliqué, quasi mission impossible, surtout aux USA... imaginons que sur un malentendu, ça peut marcher, ça s'est déjà produit par le passé. Mais quatre en même temps, et les piloter sur des cibles réduites dans un espace aérien protegé, alors la non, no way.
Au premier avion, je pensais c'était un accident. Et puis quand le deuxième se pointe en live, après avoir compris qu'il ne passera pas derrière, au second plan, mais bien à travers la tour... la il y a un soucis, un « system failure » dans ma cervelle. Et puis on renchérit avec le Pentagone. Et puis le bouquet final. La tour qui s’écroule en chute libre. J'avais le cul complètement troué. Et puis la deuxième. On a beau être sceptique, assister à ça en direct ça vous en fout un coup. Un véritable choc. On peut pas croire au complot. On croit ce qu’on voit, ce qu’on ressent. On croit en la soudaine réalité implacable du monde. On est des brindilles face à des tonnes d’acier et de pierre qui s’écroulent devant nos yeux. On est de la merde. On veut bien croire tout ce qu’on nous dira de croire.

Après j'ai passé la nuit sur internet. Et j’ai découvert des fausses prédictions de Nostradamus montées de toute pièce, se propageant à une vitesse éclair sur la toile. Tout ça mêlé à des théories du complot provenant de prophètes du dimanche. C’était énervant. Alors j’ai mis mes doutes au placard. Je me sentais être la seule personne non-divagante à trouver ça louche.
J’ai mis ces attentats sur le compte du désespoir incroyable de ces gens, couplé à l’incompétence absolue du gouvernement américain. Que personne n'a semblé relever, même après avoir encaissé le choc… Ils se sont fait détourner quatre avions, leur administration avait été prévenue longtemps à l’avance, mais personne ne réclame de démission. Là-bas on se fait des procès et on obtient des dommages et interêts en millions pour des cafés trop chaud, mais pas quand le système de défense oublie de prendre au sérieux des menaces terroristes, puis n'intercepte pas quatre avions détournés qui s'écrasent les uns après les autres. Non, cette différence de traitement ne choque personne.
Alors ça a fini de m’énerver. Cette guerre en Irak avec les armes de destruction massive qu’on ne trouverait jamais. D’ailleurs, personne ne réclame leur démission pour ça non plus, on s'en tappe complètement. Tant pis si des jeunes soldats meurent. Et tuent des civils innocents. Putain ils refaisaient la même qu’au Vietnam. Et ceux qui s’opposaient à la guerre, avec éloquence et diplomatie, étaient méprisés, diabolisés. Exactement comme quand on a affaire à une personalité manipulatrice, maniant le chantage et l'intimidation. Ceux qui cachent leur jeu et qui lorsqu’ils sont percés à jour, se défendent en criant très fort, plus fort que vous, pour vous mettre mal à l’aise et vous ôter toute possibilité de riposte. Si t’es pas avec nous t’es contre nous.

Ces enfoirés ont un truc à cacher, c'est certain. Ils subissent un truc horrible mais ne font pas preuve d’humilité. Ils agressent ceux qui ne vont pas dans leur sens ou qui se montrent sceptiques. Ils fustigent la diplomatie et choisisse la démagogie. Ils passent en force de façon bête et méchante. Et ça semble fonctionner.
Alors j’ai régulièrement visité des sites parlant de complot. Et la, gros problème. Les francs maçons, les illuminatis, théories du complot, théories du faux 11 septembre…. Parmi toutes ces théories, personne ne fait dans la mesure... ça tombe souvent dans le new age farfelu, ou l'antisémitisme primaire. Quant au nombre de sites internets qui partent en couille sur les extra-terrestres, c’est effroyable.

Peut-être que ça existe, je m’en fous. Mais c’est comme si un gosse voulait s’informer sur le bisou et qu’on lui donne une video de sexe hardcore. C’est éliminatoire pour le grand public. Personne ne prendra l'attention d'écouter. Ca n’attirera que les gens ultra contestataires, des gens à la recherche d’une contestation quelle qu’elle soit, si possible la plus énorme possible. Des gens qui ont un besoin d’X-Files pour expliquer la situation du monde, des gens qui ne peuvent plus faire dans le subtil. Des assoiffés qui ont besoin de faire un plongeon dans les chutes du Niagara… Moi je veux juste un verre d’eau, et c’est compliqué de faire le tri dans cet océan non potable.

C’est comme si on avait volontairement noyé la vérité. Toutes les vérités. C’est à croire que c’est fait exprès pour discréditer toute tentative d’échappatoire aux manipulations qu’on pourrait nous soumettre. Dès lors on vous traite d’illuminé, de révisionniste ou d’antisémite, dès que vous esquissez un mouvement vers des thèses qui ne corroborent pas avec ce qui est communément accepté. Comme si nos vérités admises étaient si fragiles dans nos esprit que tout écart se devait alors d'être fortement dénoncé. Desfois je me demande aussi si les extra-terrestres ou les religions ne sont pas des inventions pour nous leurrer ?
C'est aussi très facile de sombrer dans la paranoïa ou l’explication miraculeuse. Le miracle c’est la facilité. On a l'explication, la solution tant recherchée, plus vite. La science fait parfois pareil. Les scientifiques semblent s'être perdus dans la physique quantique, devenue incompréhensible. Ils arrivent pas à la faire correspondre à la relativité d’Einstein. Il y a un bug entre l’énorme et le petit. Les lois correspondent pas. Alors ils vont chercher des particules qui n’existent pas pour corroborer leurs théories. Le Boson de Higgs est leur petit bonhomme vert…

Peut-être que ça me vaudra de me faire enlever par E.T, mais… dans les années 40, 50, 60, certes... au 21e siècle, on a tous des appareils photo numériques, des caméscopes, maintenant des téléphones appareils photo, et y’a pas un pékin qui soit capable de prendre une photo correcte de soucoupe volante ?! C’est comme la fameuse vidéo de Bigfoot vous l’avez vue ?! Il suffit de filmer avec la tremblote un pote en peignoir dans son jardin et on a vu le yéti.
A contrario, il y en a qui critiquent violemment les sceptiques du 11 septembre. Cette fois je ne comprends pas le manque de clarté d’un évènement filmé sous tous les angles. Car là, nous avons un maximum d’images. Mais pas du Pentagone. J’imagine que c’est l’endroit le plus protégé des USA, or la seule camera qu’on nous propose est la même qui a filmé le Bigfoot.
Quant aux tours, la possibilité de disposer à volonté d'images exceptionelles conforte à chaque visionnage mon sentiment d'un "bug". Je comprends pas comment des trucs aussi gigantesques peuvent tomber en chute libre. Il y a même une troisième tour qui est tombée derrière, toujours en chute libre. Je veux bien admettre que le choc énorme d’un avion puisse détruire la tour, quitte, pourquoi pas, à la faire s’écrouler. Après tout, c’est la première fois qu’on voit ça, je suis prêt à croire n'importe quoi, à condition qu'on me prenne pas pour un con, ou bien qu'on m'explique bien. Comment expliquer une chute libre de quelques secondes ?! Une chute en plusieurs étapes, non linéaire, faisant des dégâts autour, marquant des temps d’arrêt inégaux, ça ressemblerait plus à une chute non contrôlée, et serait tout à fait acceptable.
Mon scepticisme peut accepter l’exception, sur une tour, mais pas sur deux, ni trois. Le hasard, le chaos, la nature, c’est pas un truc aussi linéaire et parfait. Et si c'est le cas il faut nous expliquer, nous démontrer comment ça s'est passé. Et pas nous laisser plantés la avec cette image de berger dans sa grotte, qui, d'ailleurs, depuis le 11 septembre, n'a rien fait d'autre de sa vie. Il semble se terrer dans la même planque que les mystérieuses armes de destructions massives irakiennes.

Au fur et à mesure je commence à accepter, en gardant les yeux ouverts, que c’est de la démolition contrôlée, un évènement prémédité, organisé minutieusement. Qu'on a laissé faire, ou filé un coup de main. Je sais pas comment, je sais pas qui, mais mes sens, ma raison, mon esprit critique, après tout ce temps d'assimilation et de réflexion, ne sont pas d'accord avec les faits présentés, les images, les actions et réactions, conjugués avec la mauvaise volonté et l'agressivité du gouvernement américain.
C’est pas tant les évènements, qui font douter de la version officielle du 11 septembre, mais aussi la réaction, les comportements qui ont suivi. Le silence assourdissant face aux accusations, et les réponses en forme d’attaque absurdes. Le « qui ne dit mot consent » sur certains sujets, entremêlé avec « il n’y a que la vérité qui blesse » sur d'autres points.
L’enquête est super bâclée, les enregistrements du pentagone ne sont pas montrés. Et puis il y a cette arrogance, cette façon d’attaquer, d’accuser ceux qui ne sont pas d’accord de traitrises, et faire du patriotisme à outrance. Comme pour détourner l'attention. De réclamer les corps des soldats américains enterrés en France, de renommer les frites en " freedom fries ". Pendant ce temps, ils ne répondent pas aux principales interrogations soulevées par l'enquête baclée.

Je suis prêt à tout accepter, du moment qu'on ne nous prend pas pour des imbéciles. Si un proche parent mourrait dans des circonstances à 99% claires, on donnerait tous notre maximum pour débusquer les 1% restant. Ce 1%, je l'ai cherché, en vain, des années durant sur internet. Au lieu de ça, j'y ai trouvé de quoi remettre en question les 99 autres, à condition de faire un travail de tri méthodique et minutieux, de garder son sens critique en éveil. Car sur les mêmes sites internet, on trouve Bigfoot et les théories alternatives du 11 septembre. E.T et Tesla. Les Ummos et les arnaques de la banque centrale américaine. C’est comme si à chaque fois qu’une personne disait quelque chose d’intéressant, on envoie vite quelqu’un se placer devant et chanter faux à tue-tête. Comme si, surpris d'être révélés par ce nouveau support de communication et d'investigation, les coupables innondaient la toile de leurres toujours plus improbables.
Il faut, en prenant un certain recul, accepter qu’au 21e siècle, les données et les informations dont nous disposons ne sont plus les mêmes. Ne pas refaire le procès de Galilée. Le scepticisme, la remise en question systématique, c'est la clé de la vérité. Il n’y a que ça pour combattre l’orgueil et la bêtise humaine.

6.8.04

Comme un boomerang

La France se crash. Elle tombe en flammes. Depuis 4 ou 5 ans je dirais. Aujourd’hui, on peut tous dire sans exagérer que l’on vit dans un pays de merde, avec des gens qui ont tendance à se transformer en connards finis. Les pauvres sont poussés aux portes de Paris, priés de travailler plus, de dépenser plus, pour moins qu'avant. Les riches sont de plus en plus riches, et échappent aux galères que récupèrent les pauvres. Grace à d’ingénieux stratagèmes, les riches arrivent à ne pas perdre d’argent, et même à en gagner, en faisant des économies, sur le dos des pauvres. Les cadres de ma boite ont sabré le champagne car ils ont eu une excellente prime, grâce aux économies faites sur le budget, à savoir les primes et salaires des employés, majoritairement smicards. On a rien eu, alors qu’on a bossé deux fois plus que l’année dernière. Mon quartier devient une espèce de repaire à racailles, à savoir les nouveaux riches, les jeunes cons bourrés de thunes qui font semblant d’être pauvres. Des bourges qui assument que dalle. Des maitres du monde élevés à la 68-arde.

Tous les vieux rads du coin font place à des restos branchés, à savoir faussement typiques, comme tous les gens qui les peuplent : ils ont l’air pauvres, mais ils sont plein aux as. C’est de la bière de garde, mais on la paye 6 euros le demi. Ils se cachent, ils ont honte, mais la conscience est sauve… semble t-il. Les trous de leur jeans sont faits à l’usine, et ils sont en série limités. Leurs tongs sont en croco. Les « bobos ». J’aime pas ce mot, mais pourtant c’est un fait. J’aime pas ce mot car il regroupe beaucoup de gens différents, de plus ou moins bonne volonté. Je suis un bobo. Moi non plus j’ai pas spécialement envie d’être pauvre. J’essaye de me payer des trucs qui me plaisent et je ne cherche pas à me donner bonne conscience. Mais je ne crache pas sur la pauvreté. Et je ne vise pas la richesse de manière honteuse. Et puis il y en a qui sont très riches, qui ont des exigences de riches, des pratiques de riches, une mentalité de riche, mais qui ont bonne conscience car ils ont un look ambiguë, qu’ils aiment la musique d’auteur, les créateurs authentiques, les restaux typiques. Desfois on a l'impression qu'ils se forcent d'ailleurs, comme si c'était une tentative de survie de leur sens de la moralité. Ils s’habillent comme des pauvres, mais ils sont bel et bien riches, et en ont les mêmes exigences, les mêmes caprices, et causent les mêmes dégâts. J’aime pas faire des généralités. C’est nul. Mais ce quartier, qui autrefois était le mien, m’échappe, et m’énerve à mesure qu'il devient un lieu faussement typique, branché à la con. A la fin de mon bail, mon loyer va doubler et je devrai partir. J’irai en banlieue, très loin. Mais putain, moi je suis né à Paris, et j’aime Paris. Et je connais ce quartier, j’ai fait ce quartier comme beaucoup d’autres. J’ai arpenté ses avenues, ait aimé tous ces lieux, à toutes heures, à tous les âges. J’ai hanté tous les grecs, les rads, les pubs. J’ai accueilli, encouragé tous les nouveaux restos, commerçants, du moins tous ceux qui ne se foutaient pas de la gueule de mon portefeuille. Aujourd’hui tous les nouveaux lieux « hype » du coin sont inabordables. Et les gens qui y vont, y rentrent, y claquent je sais pas combien, et repartent l’air de rien. Ils ne payent pas de mine. Ils sont riches mais quelque part, ils en ont honte. Ils se cachent et restent entre eux. Je déteste ça. Je préfère les vrais riches, au moins eux on les reconnaît. Ils copulent entre eux aussi d’ailleurs. Cette société vit sous forme de castes. Les riches avec les riches. Les stars avec les stars. Les bobos avec les bobos. Les pauvres avec ce qu’ils peuvent.

Y’a un truc que tous ces cons oublient, alors même qu’ils applaudissent le feu d’artifice du 14 juillet. En France, on ne nous la fait pas. Même si ce pays descend en flammes, même si l’antéchrist arrive au pouvoir, tôt ou tard, le peuple réagit. C’est pourtant pas compliqué. Tend un élastique, de plus en plus fort. De deux choses l’une : soit il claque, soit il te revient dans la gueule. Les riches tendent l’élastique. Soit ils vont faire claquer le monde, soit il va leur revenir dans la gueule. La télé est de plus en plus abrutie aussi. Et de plus en plus abrutissante. On exploite la moindre histoire, pour vous faire croire que c’est la terreur dans les rues. Les ministres ont le droit de se défendre au vingt heures, ont tribunes publiques pour régler leurs « affaires ». J’en peux plus de ces gens-là. J’en peux plus des connards.
Sont-ils vraiment des connards ? ou juste des processus involontaires de connardise, visant à mettre en valeur l’anti connardise ? Est ce qu’il aurait pu y avoir une alternative ? La France aurait elle pu ne pas descendre en flammes, les bobos ne jamais venir dans le 18e ? Avons nous un quelquonque choix, une quelconque maitrise, tout au long de notre vie ? La vie est elle écrite ? Est elle jouée d’avance ?
Putain j'ai mal au crâne.

18.6.03

Human Way Of Life

Tout à l’heure je suis allé dans une boutique de créateurs. Ce genre de boutique se multiplie dans mon quartier. On y trouve des choses sympathiques, typiques ou franchement inutiles, mais toujours hors de prix. Des polaroids étaient à vendre. Des photos. Un mec avait pris en photo une télévision qui retransmettait les guignols de l’info. Rien d’autre. Photo classique, un pola qui lui a pris 2 secondes de son temps. Il a pris la photo, a marqué son nom : 45 euros. 300 francs. Un tout petit pola de rien du tout. Une photo floue qui ne veut rien dire. Mais c’est un créateur. Il crée, il est bon, il a du talent, il a un nom, il est IL, alors il faut aimer. Pour le prix de deux ou trois de ses œuvres, on peut avoir l’appareil, et plusieurs dizaines de photos bien plus expressives. Ca a fini de me foutre en l’air. Je suis rentré, furieux, dépité, par ce voisinage faussement convivial, en proie à l’illusion de la convivialité, de la différence, de la création, de l’expression et de la tolérance, mais en réalité régi par le business, le mensonge et la médiocrité.

On croit aimer, on croit tolérer, on croit protester, on croit exister, on croit se faire entendre, on croit être libre. Mais on ne sait rien. L’esprit le sait. Et il se meurt. Il finit par vous trainer chez le psy, en analyse, ou à l’hopital. Il vous ronge en cancer, il tue votre fils en voiture, passe par le sang ou le sperme. Ce voile de bonne conscience cache la mauvaise conscience générale. Toute la tristesse du monde.

Hier soir, j’ai maté le dernier James Bond. Ca m’a fait vraiment chier. Quand j’étais petit, j’étais fan. J’adorais Sean Connery et Georges Lazenby. Je ne sortais jamais sans mon permis de tuer dans mon mini porte-monnaie. Mais là, James Bond est devenu une espèce de Rambo débile, alcoolique et beauf. Il est con comme ses pieds et traite les femmes comme des bouts de viande. La classe a disparu. Maintenant il se sauve grâce à des gadgets toujours plus improbables. Son salut cesse d’exister. Il s’en remet aux miracles, mais les miracles n’existent pas. Dans le dernier James Bond, les coréens sont les méchants. Des méchants vraiment très cons. J’imagine comment ils ont du accueillir le film. C’est vraiment dégueulasse. James Bond, dans ce film, dit servir « l’amour universel ». On vous le dit, alors vous le croyez. Mais ce type là est plus abjecte que tout. Il tue, se venge, boit, baise, s’amuse avec ses gadgets. Mais il sauve le monde. Alors on est content. On utilise des images dignes de la propagande la plus nulle mais on s’en fout. D’ailleurs, on est conditionné à croire que le mot propagande ne s’applique qu’aux méchants : les nazis, les islamistes, les cocos. De même qu’on jure par tous les saints que notre monde libre est libre. Que nous sommes justes. Que nous sommes l’axe du bien, et qu’il y a un axe du mal. On est en démocratie, libres, et, en tant que membres du peuple, on a le pouvoir. Ah oui ça on en est persuadé, merde. Si loin, si proche.
Alors James va nous sauver. Mais en vrai, les gadgets, les voitures invisibles, les hélicoptères qui décollent d’un avion à réaction, les agents secrets cinquantenaires qui font du surf ou de l’escrime mieux que n’importe quel champion olympique, ça n’existe pas.
Bref, ce film qui se résumait à des scènes d’actions débiles enchainées les unes après les autres de façon grotesque, a fini par me saouler. Je suis pas contre les films d’action, loin de la. Ni les films débiles d’ailleurs. Il faut de tout. Mais par pitié, pas en se prenant à ce point là au sérieux… pas au nom de l’amour universel, merde.

Voila comment on nourrit ceux qui sont en manque. Voila comment on nourrit les illusions, voila comment on nourrit ceux qui sont insérés, presque irrécupérables. On leur ingurgite du cul, de l’alcool, des explosions, au nom de l’amour universel. Et on ne va pas plus loin. Dans le même temps, on fait passer quelques messages personnels, du style « Corée = méchant ». Et puis on éteint son lecteur dvd, on est content, on a passé une bonne soirée, ce film était vraiment kiffant et les effets spéciaux démentiels. On se dit que James Bond est sévèrement burné, mais comme tout le monde, et en particulier les plus intellos de nos amis, on finira par se dire nostalgique de Sean Connery. Mais on ira pas plus loin, d’ailleurs on dit ça pour faire semblant d’être intelligent, pour être à la mode, en phase avec les autres, car le bonne pensée générale admet que Sean Connery soit considéré comme le James Bond original, le vrai, bien que ses films soient les plus chiants, et les plus nuls niveau effets spéciaux, d’ailleurs on arrive jamais à les voir jusqu’à la fin, y'a pas assez d’action et on voit pas assez de nichons. Enfin bref.
Voila comment on nourrit les gens en leur donnant leurs calmants, leur raison de leur mode de vie, et leur semblant d’intelligence, d’intégrité, et de libre arbitre.
Dans cette société, on ne vit pas. On vit à votre place. On vous fait vivre. C’est le Human Way Of Life.

17.5.03

Temet Nosce

Hier j’ai regardé une émission qui fabrique des stars. Ils chantent très bien, certes. Mais ils apportent quoi ? Ils n’ont pas d’identité propre, bien que la forme soit très belle, hyper chiadée. Y'a pas de fond. Comme si le plus talentueux des réalisateurs faisait un remake plan pour plan.
Des ados chanceux, deviennent stars en quelques jours, après élimination d'une tripotée d'autres concurrents. Car évidemment, ils peuvent pas tous avoir cette chance, non, il n'en faut qu'un seul, c'est la règle de notre société. Cantonner le rêve, aux rêves. Quelques élus, pour beaucoup de malheureux. Mais votez surtout. Cette impression d'emprise sur les évènements, de choix, est le dernier cadenas qui nous enferme. Comme si ces jeunes méritaient leur sort plus que d'autres. Comme si cette façon de procéder, par des votes payant à outrance et par l'élimination publique et humiliante de tous les autres, était la plus juste possible.

C’est pas compliqué d’être une star, parfois ça s’achète ou se commande. Mais pour être un artiste, il ne faut pas quelques jours. Il faut parfois une vie entière pour savoir mettre en forme un fond. Il faut avoir pu le toucher au moins une fois.
Ils font du chant. Tout le monde peut chanter. Et d’ailleurs, il y en a énormément qui savent bien chanter. C’est pas si difficile. Le plus dur, c’est d’écrire, c’est de jouer en live, de chanter, de hurler, à en faire exulter une foule, et surtout jusqu’à les faire réfléchir.

Alors quel interêt à tout ça ? On vous voit à la télé. On a une importance. Parce que dans ce monde, plus on est vu, plus on est important. Car c’est le regard, le jugement des autres, qui fait tout. Ici, on ne vit que grâce aux autres, car on vit en groupe, on fait tous partie du même corps. On croit atteindre le graal quand on est une star, car on sort de cette masse informe, on sort du cul et on rejoint la tête. Et pourtant, c'est l'inverse qui se produit. En adoptant ce schéma et ces objectifs imposés par la société, nous rejoignons une masse informe, aux couleurs si attrayantes. Nous fuyons notre individu profond et la connaissance de nous-mêmes. Nous rejoignons l'individu-type défini par les critères de concurrence et d'abrutissement nécessaire à notre classe dirigeante. Et fuyant nous-mêmes, nous fuyons la vérité. Connais toi toi-même et tu connaitras l'univers et les dieux. Rejoins le moule et tu resteras un ignorant potentiellement dépressif. Mais tu auras alors peut-être la sacro-sainte chance de devenir un VIP.

Un VIP. Une personne trés importante. Le but ultime, la fovéa de notre société. The place to be. On rejoint le but suprême et inavoué de notre monde : gagner de l’argent en foutant rien, ou si peu. Cette société qui loue le travail, qui nous rend libre et heureux, lie la plupart pour le salut de quelques-uns, dont on projette les aventures, telle une carotte sous notre museau. Oh oui, on loue le travail, l'effort, mais on idolatre des peigne culs qui se prélassent. Pourtant ils sont nos guides. Ils sont les références, les précurseurs. On se fait tous chier jour après jour dans l'idée qu'on pourra gratter le ticket gagnant, par hasard, relation, casting ou concession, et rejoindre ce club de luxe.
Des gens beaux, bronzés, musclés, à la voix parfaite, bien habillés, riches. Même les moches deviennent beau en devenant star. Mes les fringues ringardes deviennent au top lorsqu'elles sont portées par des stars.

Tout ce petit jeu constitue notre essence, ce qui nous motorise à accepter ce mode de vie absurde. On est conditionné à croire que c’est la vie parfaite, le but ultime de toute existence : être bronzé, belle gueule, et riche. Un rêve paradoxal de gloire facile qui nous fait accepter une vie éprouvante de labeur. Des fourmis qui idolatrent quelques cigales.
Parfois il suffit d’une apparition télé, quand bien même un type était inconnu avant, pour que les jeunes cons s’arrachent ses disques. On prend ce qu’on nous donne. On écoute ce qui passe. On ne cherche pas ailleurs, d’ailleurs on ignore qu’il y a autre chose. On marginalise les « originaux », les « bizarres », les « démodés ».

Souvent les VIP s'entraident, se coproduisent, s'invitent et se propulsent. Les stars finissent par rester entre stars, et rejettent la médiocrité d'en bas, tout en leur envoyant plein de bisous. De si loin. Depuis peu ils nous engueulent de les critiquer et même parfois de les voler quand on a le culot de savoir se servir des nouvelles technologies. Mais peu importe, ils sont la bonne parole, car c'est les seuls qui l'ont, la parole. On a plus vraiment le choix. On a été élevé à la télé, c'est un réflexe comme manger ou boire, alors si la qualité baisse, on arrêtte pas. On regardera de la merde. En se plaignant, si peu. Car notre cerveau et notre esprit critique fond à vue d'oeil. Et puis nous n'avons plus besoin d'esprit critique, car on nous le fournit aussi. On nous conditionne à adorer des êtres parfaits et aussi d’autres qui ont une dose de politiquement incorrect, comme pour mieux masquer l’illusion, et faire croire que le mouvement contestataire existe encore. Ainsi le Che s'exhibe en série sur des tshirts griffés. Tous les icones à l'opposé de ce système, sont maintenant des faire valoir qui endorment notre vigilance en satisfaisant nos aspirations profondes de changement.

Les stars guident notre façon de penser, et notre façon de nous habiller. Quand on voit toutes les petites minettes qui s’habillent comme leurs idoles. A 10 ans elles se maquillent, mettent des strings. Toutes les gamines effacent leur enfance. Non, maintenant, même cette période de liberté et d’innocence doit disparaître. Il ne doit rien rester, pas une once d’humanité. Bientôt, des 5 ans, tout le monde sera conditionné à s'intégrer à ce mode de vie, des parfaits robots sans cervelles, des machines à consommer, des machines à se montrer plus beaux que les autres. On est tous des lièvres pour les autres. Et les chiens sont derrière. Ils gagnent du terrain.
Aujourd'hui, on ne distingue plus les filles de 20 ou de 13 ans. Elles s’habillent pareil, elles font pareil. Et l’enfance, l’imaginaire, tout ça, disparaît. Et a 20 ans, elles sont de parfaites petites vieilles. Regardez Britney machin, elle parle comme une vieille, rit comme une vieille, est tirée de partout. Le processus s’accélère au fur et à mesure on dirait.
Et l’enfance, ce monde merveilleux, de disparaître, d’être marginalisé par des petites connes pré-pubères. Et à 30 ans, ils se retrouveront tous à chanter les chansons des dessins animés d’antan, nostalgiques et déçus par la vie adulte. Mais c’est pas grave, puisque c’est "cool" d’être un vieux con nostalgique à 30 ans.

29.4.03

Prise d'otage

Je viens de voir qu’il existe une « american traitor list », composés de gens contre la guerre en Irak. 'Sont vraiment cons la bas quand même. On en est arrivé à un tel point d’intolérance. Je sais pas moi, ces types la ne disent qu’un truc : faites l’amour pas la guerre. Et les autres de vouloir les fusiller, de les lapider sur place public si ils le pouvaient. Les américains sont parfois les maitres de la pensée unique, les soi disant anti-nazis qui deviennent nazis sans s’en rendre compte. Des types qui se font endoctriner par les "Dieu sauve l’Amérique" de leur président à chaque discours. Ca fout les boules que la première puissance mondiale soit un régime non laïque, qui prend Dieu à chacune de ses actions. Ca prend l'allure de croisades et permet d'obtenir le soutient des masses. Car s'ils se foutent des raisons politiques, la religion, ça leur parle. On déconne pas avec ça.

La religion, c’est quoi d'ailleurs ? Au départ une instruction, détournée en une explication, une excuse salvatrice nous ôtant toute responsabilité sur nos actes et nos décisions. Un rejet de responsabilités, un « joker » face à l’incapacité de faire marcher sa petite tête et réfléchir au pourquoi du comment. Une mascarade, qui sous ses airs de grande prise de responsabilités vis-à-vis du paradis et de l’enfer, du bien agir ou mal agir, est en fait un mensonge, qui se révèle être un prétexte de libre agir pour les uns, et surtout de contrôle pour les autres. Disons que les gens qui y croient très fort sont soumis envers ceux qui contrôlent la religion, qui cela dit en passant s'enrichissent à mort. Ceux-la ont minutieusement étouffé le véritable sens de ces dogmes, à leur profit. Je doute que si Jésus était parmi nous il cautionne la richesse du vatican, le clergé, l'inquisition, le pape, et tous ces rites dignes des sectes les plus stupides et les plus éloignées de la vérité. Je pense plutôt qu'il botterait le cul du pape, avant de se casser aussi vite qu'il serait arrivé, dégouté en constatant les saloperies commises en son nom. Lui qui a voulu innocenter les hommes, leur donner une chance de faire le bien en prenant leur destin en main. Une poignée de trouillards a détourné son enseignement pour leur dire le contraire : les culpabiliser, leur faire peur, les soumettre à la fatalité. Toute résistance est futile. Et gare à ceux qui essayent de s'évader dans les rêves ou les plaisirs. Même le suicide est interdit. Toute vie est à eux. Même ce qui n'est pas né. Et gare à ceux qui essayent de trouver l'amour. Ben non quoi, faut pas déconner ils pourraient trouver la vérité qu'on a eu tant de mal à cacher ! Restez tous des chiens-chiens qui font crac-crac pour se reproduire (et c'est tout hein, sinon !), et qui se lavent sagement le cerveau tous les dimanches avant la quête.

Il y a ceux qui obéissent à la lettre, et puis les autres, majoritaires, qui se laissent guider volontiers par ces chefs "spirituels", ceux qui pratiquent sans trop y croire, ou qui croient sans trop pratiquer. C'est un moyen d'avoir la conscience tranquille et de continuer à foutre le bordel sans trop se soucier de ce qui va arriver. C'est de la lacheté non assumée, baignée dans de la paresse profonde, étouffée par l'énormité du voile géant que la religion plaque sur le monde. On préfère se dire que ces gens la pensent à notre place, ils doivent avoir raison, alors on peut vaquer à d'autres occupations. Ils Sous-louent leur matière grise en échange de tranquilité.
En gros, ils se disent : je ne peux pas agir mal, j’ai trop peur de l’enfer. Tout en sachant que l’enfer n’existe pas et qu’on peut faire toutes les conneries de la terre. En plus on a inventé pour eux une sorte de rachat, du style 10 coups de fouets, 10 je vous salue marie; du style célibat, du style pas d’alcool, du style je ne sais quoi pour se donner bonne conscience, et pour se dire que ça doit exister puisqu’on se fait chier à se flageller pour ça.Je sais pas moi, vous êtes grands, intelligents. On vous apprend la chimie, la physique, l’histoire, l’évolution, Darwin et compagnie. Et pourtant, il y en a qui, malgré leurs bonnes notes en histoire ou en sciences, croient dur comme fer, au premier degré, à Adam et Eve, au paradis par delà les nuages, aux premiers jours de la création, à l’enfer, à jésus qui marche sur l’eau en paréo, etc… ils croient dur comme fer à la forme de toute cette histoire invraisemblable à tous nos sens. TOC TOC, ya quelqu’un la dedans ?

Comme si tout le monde avait peur de quelque chose, peur de la vérité. Comme si celle-ci faisait trop mal, faisait trop peur. La peur d’être nos propres maitres. La peur d’avoir autant de valeur qu’une puce ou qu’un clébard. La peur d’être juste un assemblage de tissus et d’organes. La peur d’être une infime cellule composant le corps de la nature ou de l’univers. La peur de n’avoir absolument rien pour justifier nos actes. Ni religion, ni purgatoire, ni rien. Juste le bien, et le mal. Le bien entraine le bien, le mal entraine le mal. Voila. C’est aussi simple que ça. Pas besoin de se flageller, pas besoin de réciter la bible, l’équation est autrement plus simple. Amour, et c’est tout. Personne, personne n’a les couilles de prendre la responsabilité du bien et du mal. On veut juste vivre, procréer, regarder la télé, mais grand dieu, ne pas s’occuper du reste. On ne veut pas penser, réfléchir. Après tout, nous sommes insignifiants sur cette terre, et dans l’univers, alors je ne vois pas pourquoi j’aurais la carrure d’un maitre, d’un dieu. C’est ça qu’on se dit tous inconsciemment. Nos sens déduisent qu’on est tous petits, alors que notre raison nous crie qu’on est très forts. Alors on écrit et on crie qu’on est l’œuvre ultime de dieu, notre maitre, notre responsable, notre prétexte ultime du style « je fais la guerre en ton nom ». On crie haut et fort tout ça, qu’on est la perfection, seule raison d’être de l’univers, et on s’amuse, on joue à la guerre, on détruit toutes ces espèces inutiles et destinées à nous divertir, on s’aime, on se déteste, et on attend le jugement dernier, dernière fiesta avant de tous rentrer au paradis. On souhaite tous ça très très fort. On attend que papa dieu vienne nous chercher après la fête. Une fête assez flippante, certes, mais après tout on se sera bien amusé, on aime bien se faire peur.

Et non. En fait, papa ne viendra pas. Ya pas de papa. Ni de maman. En fait, on est le préféré de personne. Par contre, on a des milliers de frères, et on les massacre depuis tout ce temps. Et cet endroit-là, c’est notre maison, notre seule et unique maison. Et c’est pas une fête d’ailleurs, c’est juste la vie de tous les jours. Il n’y aura pas de retour à la maison, avec une femme de ménage pour nettoyer vos conneries. Non, on est ici chez nous, et il n’y a pas de femme de ménage. On doit prendre nos responsabilités. Et nous, tels des gamins, de chialer. Ouiiiiinnnn. Mais je sais pas faire la vaisselle moi. Comment on va faire bon dieu ! Tout le monde le perçoit cette situation depuis longtemps, en espérant que quelque chose arrange le coup. On s’est dit, on va foutre le bordel, de toute façon papa passera derrière pour nettoyer, tout en pensant de plus en plus que papa n’existe pas. Je crois que pas mal d’entre nous préfèrent le suicide collectif, plutôt que l’acceptation de notre nullité, de notre insignifiance, de la véritable taille de nos sexes, quelques micros centimètres comparés à l’immensité de l’univers. Nous ne sommes rien, une crotte intergalactique, une moitié de pellicule sur toute la chevelure de l’univers. Et on se sent tout petit. Chui tout p’tit chui d’la merde. Et on crie à l’aide, on appelle une maman qui n’existe pas. Non, non, le paradis n’existe pas. Nous sommes ici, et nous y resterons à tout jamais. A nous d’en faire un paradis.

On a tellement peur. Des petites merdes, mais qui, pourtant, ont la connaissance du bien et du mal. On voit nos bras tout petits, minuscules, et pourtant on a compris comment battre le record du monde du lancer du javelot. On se sent moches, aigris, terrifiés à l’idée de ce qui nous est confié. On ne se sent pas prêt, pas assez fort pour prendre la responsabilité du bien et du mal. On se regarde tous les matins dans la glace, habillés comme des pingouins, et on arrive pas à admettre qu’ici, c’est nous, dieu. On est trop moche, trop petit. Et on a tellement peur de cette responsabilité. On préfère s’amuser, se tirer dessus et baiser comme des lapins, insouciants, en pensant que quelqu’un rachètera nos fautes, ou bien que ce n’est qu’un rêve, qu’un passage avant le paradis, ou la mort, le vide, le rien où on pourra dormir en paix sans remords. Suffit d’avoir déjà embrassé une fille, caressé un chien, senti une fleur, ou même écouté de la bonne musique, pour savoir prendre cette responsabilité. Vous jouez aux forts, aux maitres de l’univers, et pourtant vous fuyez tout ce qui ferait de vous des maitres. Au contraire, vous embrassez tout ce qui fait de vous des faux culs, des connards, des putains d’enculés ignobles qui bruleraient en enfer si celui-ci existait.

Je pense qu’on est si intimement persuadé que nous sommes des connards, au fond de nous, qu’on se construit notre enfer. L’enfer, un lieu ou la température est insoutenable, un lieu où les gens sont brulés vifs. Un lieu à l’ambiance proche d’une centaine de bombes atomiques rasant la planète à quelques milliers ou millions de degrés Celsius. Comment même pouvez-vous accepter ça ? j’ai beau me le répéter, je suis toujours sur le cul de constater que quelques connards ont pouvoir de vie et de mort sur nous tous. Mais, Dieu, c’est eux ! ou plutôt Satan. Les seuls types capables de raser une ville ou un pays en quelques secondes. Si Bush était vraiment croyant, il éliminerait ses armes nucléaires sur le champ, et irait faire un câlin à Ben Laden. Il irait aussi mettre à sac le Vatican et proclamerait tout médicament gratuit. Il établirait une liste d’aliments gratuits, qu’il produirait et expédierait en masse à tous les affamés, en prenant les 80 milliards de dollars du budget de l’armée américaine.
Vous rendez vous compte de la stupidité de l’arme nucléaire ? Vous rendez vous compte que Boris Eltsine, un sombre alcoolique complètement gaga, s’est surement amusé plusieurs fois à se frotter le derrière contre le bouton rouge en sirotant sa vodka ? Imaginez-vous tout simplement que cet alcoolique notoire avait pouvoir de vie et de mort sur nous tous ?

L’arme atomique est une aberration qu’on accepte tous. C’est du domaine de l’acceptable, du normal maintenant. Alors que même le nombre de bombes dont disposent chaque pays est intolérable. 1 c’est déjà trop. Mais plusieurs milliers, de quoi faire tout péter je sais pas combien de fois, c’est absurde. C’est la course bête et méchante. Moi j’en ai plus que toi, na ! On est arrivé à la fin du premier tour de cercle. On arrive à l’arme suprême, l’escalade n’est plus possible. Alors il faut avoir le plus possible d’armes suprêmes pour être plus fort, quand bien même cette arme est inutilisable, puisqu’elle se retourne automatiquement contre nous. On a bouclé la boucle. L’arme suprême est inutilisable. Moins efficace qu’un lance-pierre, si l’on considère que l’efficacité dans une guerre et de faire bobo à votre adversaire, en restant, vous, indemne. Maintenant le seul type d’embrouille qu’on peut avoir, c’est plus : "arrête, sinon je t’attaque", ce serait plutôt "arrête sinon je nous fais tous péter". Comme n’importe quel preneur d’otage allumé. On est pris en otage, c’est bien le mot, et par des allumés qui se disent être nos représentants. Et ya personne pour nous sauver, pas de GIGN ou je ne sais quel miracle.

Alors nous tous allons griller… je vais griller… pour quel crime ? Celui de me réveiller chaque matin auprès de ma douce, de l’aimer, d’admirer ses faits et gestes autant que chaque partie de son corps. Le crime de m’émerveiller des petits riens de la nature et de la vie de tous les jours. Le crime d'aimer la musique, d’aimer le soleil, la mer, mes amis. Le crime de n’avoir véritablement jamais commis de crime. Coupable de je ne sais quoi, victime de je ne sais que trop bien.

28.4.03

Schyzophrénic school

Je rêve d’un monde ou les affiches de publicité, les slogans, refléteraient la stricte vérité. Un monde sans tromperie, un monde sans langue de bois, un monde ou personne ne tricherait pour avoir du "mérite". Mais ça, nous l’acceptons chaque jour. On voit "l’ADSL 20 mega à 9€", on est attiré, mais dans notre tête, nous savons très bien que les petites lignes en dessous infirmeront ces informations et dévoileront une affaire qui n’est bonne que pour celui qui l’émet. Car dans ce monde, il n’y a pas de bonne affaire, il n’y a pas de cadeau. Il n’y a que tromperie, arnaque et joute de faux semblants. Tout est tour de passe-passe, et nous adorons ce spectacle. On y croit à chaque fois. Nous avons une vie intérieure en brut, et une vie concrète en net. On est habitué à ça, à cette dissociation schizophrénique. Tête en l’air et pieds sur terre. On ne se croit pas capable de générosité, de bonne volonté, quand bien même nous nous projetons des films qui nous font rêver du contraire, à nous en émouvoir aux larmes. Quand bien mêmes nous nous passionnons d’écrivains, de dogmes, de chansons qui nous prouvent le contraire.

Nous avons transposé la réalité de nos actes, en petites lignes invisibles en dessous des mensonges publicitaires. Nos convictions, nos aspirations, nos quêtes sont devenues des petites lignes invisibles. Nous sommes devenus des petites lignes invisibles, tandis qu'une masse impersonnelle mais séduisante se montre à notre place. On croit le savoir, mais nous l'oublions. Car nous n'intégrons plus que les grandes polices, les couleurs vives, et les slogans tape à l'oeil. Nous ne savons plus lire les petites lignes. Nous sommes devenus des machines à avaler la soupe que l'on nous sert. Elle nous est indigeste, mais nous avons perdu le menu.

Ainsi nous voyons depuis toujours les hommes politiques déjouer toutes les questions intéressantes, en maniant la langue de bois, le faux-cul-isme, à la perfection. Ils ne répondent jamais, mais nous sommes contents, comme d’habitude. La langue de bois, le mensonge, est devenu une olympiade de tous les jours, dont nous nous délectons. Nous sommes accrocs, nous n’imaginons pas d’autres manière de faire. Nous sommes convaincus que nous sommes dans le meilleur des mondes, le monde libre. D’ailleurs nous appelons ça démocratie, ces gens qui nous mentent encore et toujours, nous les choisissons librement, oh oui, si librement.

Un monde où tout est illusion. Un monde où le député qui veut se faire élire, prend son courage à deux mains le jour où son élection est incertaine, descend dans la rue, se force à sourire chaleureusement, et peste dans sa tête d’être obligé de serrer des mains à tous ces cons, mais après tout, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Un monde où la proximité et la franchise sont des mauvais moments à passer. Un monde de faux derche, un monde qui, si on en gratte la première couche, est une décharge à ciel ouvert. Un carnage, une torture morale, qui pousse parents et enfants à se shooter aux médocs, à se suicider, à se droguer, à agir bizarrement, violemment, passivement, un monde qui nous lobotomise et nous rend mauvais. Un monde qui nous laisse la schizophrénie, le mutisme, ou la drogue comme échappatoires. Un monde où la dépression est normalité, où elle est saine est nécessaire pour sa propre survie mentale.

Aujourd’hui cet art de dissocier les faits trouve son apogée dans ses extrêmes. Il y a les amateurs et les professionnels. Les amateurs c’est nous, et les pros, ceux que nous admirons, ceux dont nous fantasmons. Les tueurs en série, les violeurs, les dictateurs, ceux qui font de la négation de l’autre leur mode de vie. Eux ils sont en champion’s league et nous nous délectons de leurs exploits. Les reportages, les émissions, les films, les magazines, toujours plus centrés sur des sujets voyeurs, racolleurs ou scabreux, captent notre attention, fascinés que nous sommes derrière nos masques prudes. Des gens bien sous tous rapports qui fantasment sur l’immoralité, sur la brutalité. Pourquoi est on de plus en plus fascinés par les histoires de viols, de pédophilie, de torture ? Pourquoi repoussons nous toujours plus les limites des thèmes racolleurs dans notre société ? Parce que c’est nous, c’est notre destination. Notre prolongement. Nous sommes la pâte et ils sont la pizza. Nous sommes au péage ils sont déjà à la plage. Nous entrons au collège alors qu'ils célèbrent leurs diplômes.

Ils ont passé un cap, ils se sont fait happer tout entier par ce mode de vie, cette façon de compartimenter la réalité et de mépriser l'intégrité d'autrui. Si l’on veut être performant dans cette vie, il faut le faire ainsi, de manière brillante. C’est pas personnel, c’est le business, qu’on vous dit tous les jours, pour arriver à battre le chiffre d’affaire de l’année dernière en saignant toujours plus de clients. Ca n’a rien de personnel. Alors tout va bien. Je peux le saigner lui, et lui je peux le licencier, et rentrer chez moi la conscience tranquille. Vivre ainsi, c’est apprendre à refouler son désir d’existence. Tout trouve son explication, comme une cale magique sous une table aux pieds trop courts. Les SDF peuvent crever dans la rue, les somaliens mourir de fin, les roumaines faire le trottoir porte de Champerret, les gosses irakiens crever faute de médocs, les viets se faire griller au nom du bien, les occidentaux fournir toutes les armes aux pauvres pour qu’ils s’entretuent, ma voiture pourra continuer à détruire la planète, je pourrai continuer à aller me marier à l’église et sentir cette spiritualité qui m'envahit. Tout trouve ainsi son sens. Je n’aurais plus à rougir, me sentir coupable, non car tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est le business, c’est pas personnel qu’on vous dit. Eureka.

Les plus "performants" refoulent totalement leurs sentiments. Mais comme deux mêmes pôles d’aimants se repoussent, on ne peut pas les plaquer ensemble indéfiniment. Le bouchon finit par exploser. Et la pulsion explose. On tue, on viole, on fait n’importe quoi. On ne contrôle rien. Et on vie comme ça, par à coups.
Si le monde est une feuille, et nos vies des lignes que l’on trace, il y en a parmi nous qui tracent leur ligne de vie de manière plus ou moins douce et continue. Il y en a qui se retiennent, et qui finissent par trouer la feuilles par pulsion pointillés. Des petits trous, des grands trous. Des fantasmes ou des actes. Des coups ou des tortures.

Je ne pense pas que le sadisme soit inné, ou si peu. Nous avons tous un désir de ressentir le bien, d’être rassurés sur notre existence. Nous partageons tous ce même savoir, cette même expérience qu’est la douleur, et nous avons tous ceci en commun de la haïr. C’est ce qui nous soude et nous connecte. Nous faire du mal entre nous, ne peut être un mode de vie sereinement accepté. Ce mal vous rattrapera en stress, en cancer, en ce qui finira par vous ramener à l’équilibre naturel des choses. Le mal entraine le mal. Le mal que l’on fait, que l’on répand, va inexorablement nous revenir à la gueule. C’est juste une question de temps.

Nous sommes poussés à nous autodétruire, rongés par la honte d’être incapables de prendre en main notre monde, fuyant nos responsabilités d’en faire un paradis, nous qui nous sentons insignifiants face à l’ampleur de la tache qui nous incombe. A nous de créer le paradis, de savourer l’amour, de prôner l’altruisme, la vérité, et tout ce qui nous touche et nous rend meilleur. Nous avons le savoir pour découvrir l’atome, créer l’arme absolue, voyager dans l’espace. Alors nous avons aussi le savoir, la science infuse pour optimiser l’amour, pour amener la création de tout ce qui est bon. Nous sommes les artisans du paradis en puissance. C'est à ça que sert la connaissance du bien et du mal. Mais on ne se sent pas d'assumer cette tâche. Pourquoi ? j’en sais rien. On a un gros complexe d’infériorité, qu’on masque en se surexposant. Comme toutes les grandes gueules qui compensent leur petite taille ou leur manque de confiance. On se prend pour des dieux car on se sent comme des tocards. On assume que dalle. Peut-être parce qu’on craint la douleur et la mort. On flippe d’avoir les idées de dieu dans un corps si pourri. Comme si Mozart devait se contenter d’un triangle ou Zidane d’une balle de ping-pong. Bon dieu de merde faites qu’on retrouve ce ballon de foot.

10.4.03

Disarming Irak

On peine à distinguer le bien du mal. Car ce que l’on se dit tous, c’est que finalement, la guerre en Irak a fait du bien, car ces gens sont maintenant libres, en démocratie. Finalement, les américains ont eu raison, on a peut être été trop loin en les faisant chier dans leur entreprise de faire la guerre. Et on zappe la forme de tout ça. On oublie les faux prétextes, les demandes de rapatriement des corps américains enterrés en France, les accusations lamentables. On oublie les aberrations qui se cachent derrière tous les prétextes de cette guerre comme ces armes qu'on ne trouvera jamais malgré les preuves et photos satellites révélatrices du début. Preuves irréfutables que le CIA maitrise Photoshop.
On oublie que Bush manie le "dieu bénit l'amérique" aussi spectaculairement que le "sig heil". On oublie qu’il ne tend toujours pas l’autre joue. On oublie que ce pays comble de la liberté sait aussi imiter la plus stricte des dictatures. On oublie les "freedom fries", la pensée unique, la propagande à la Goebbels, le refus de dialogue, le rejet, le lapidage de ceux qui sont contre. On oublie qu’ils en sont devenus intégristes de la liberté, de même que l’inquisition était intégriste de la parole de dieu. Quand les extrêmes se rencontrent, on ne distingue plus le bien du mal.

Cette guerre aura finalement choisi son prétexte à la fin, la liberté du peuple irakien. Certes, c’est bien. Je ne pense pas que leur autre liberté sera mieux. Je ne pense pas non plus que ce fut le véritable prétexte. Sans quoi les Etats-Unis devront délivrer toute la surface de la terre. Des ignominies, on en trouve partout. Y compris chez le peuple majoritaire, la Chine. Avez-vous déjà vu les images de pensionnats d’enfants abandonnés, nés illégalement en entravant la loi de l’enfant unique ? Et Poutine qui massacre les tchétchènes. Et la peine de mort aux Etats-Unis ? Les soldats américains se sont dit dégoutés par la richesse des palais de Saddam Hussein, comparés à la misère du peuple. Ont-ils vu la misère de leur propre peuple ?
Un dictateur en moins, c’est bien. Un virus de moins. Mais la machine est toujours malade, et toujours aussi perméable aux autres virus. Et je n’appelle pas "réussite" la mort et les souffrances d’hommes et femmes qui n’y sont pour rien, qui n’ont pas le pouvoir de décision.

Je voyais sur un site, la liste des morts américains au combat. A la télé américaine, on pouvait la voir défiler, accompagnée d’une douce musique divine. On y voyait pas les noms des soldats irakiens, ni même des civils innocents qui ont péri. Ceux-là n'ont ils pas droit à une musique ? Je croyais que le monde occidental pronait la compassion, la justice, la liberté, l'égalité. Pourquoi s’emporter aussi à la vision d’images de prisonniers de guerre américains alors que l’on voit tous les jours des cadavres irakiens a la télé, ou autres prisonniers torturés de Guantanamo.
Hier, sur un forum parlant de la guerre, quelqu’un a posté une photo, accompagnée du titre " disarming Irak". "En désarmant l’Irak". Sachant aussi que "arm" signifie "bras". On pouvait donc aussi traduire "en démembrant l’Irak". C'était gosse irakien qui n'avait plus de bras, juste des pansements. Puis d’autres photos, de lynchages, de sang, de cadavres. En voyant ce gosse, je me suis mis à pleurer.

5.3.03

Désolation

L’autre jour, aux infos, on a pu voir un ministre blâmer un chef de la police, parce qu’il avait organisé un match de rugby entre des jeunes et la police. A la base, la visite devait célébrer la baisse de la criminalité dans cette ville, mais ça s’est transformé en pot de départ du chef de la police, muté je ne sais où en tant que prof de gym. Et le ministre d’humilier ce type, qui pensait être récompensé, en disant devant les caméras que le travail de la police n’est pas de faire joujou avec des voyous, mais de les arrêter, de réprimer.
Ca m’a paru tellement gros, que j’ai cru à une blague, à un montage. Mais c’était bien vrai. Quand j’ai su que c’était vrai, j’avais envie de prendre mon fusil, de partir pour la révolution, pensant que c’était l’heure, que tout le monde serait d’accord pour y aller. Mais tout le monde s’en fout. Et moi, je trouve ça tellement dégueulasse. Joue pas avec les gosses, mets les en taule. Voila le message de sagesse de l'Etat. Maintenant, on ne sous-entend plus ce genre de choses, on le dit clairement, devant les cameras. Et personne ne voit la différence… ya vraiment des lobotomisés, des gros enculés, ici. J’ose même pas imaginer la taille de l'ego de ce type, en tout logique proportionelle à la profonde frustration qui semble transpirer de lui.

Pourtant j'avais un bon a-priori sur cet homme il y a quelques années. Enfin un jeune pas trop vieux qui fait de la politique. Mais voila le zombie maintenant, tel un pitbull en manque de violence il se déchaine et mord les siens. Il a trouvé sa petite importance devant les caméras. Ce type, c’est le mal. C’est comme ça que je le vois. Peut-être que je me trompe et qu’il est adorable, comme il tente de le montrer faussement lors d’interviews, mais je l'imagine plutôt vicelard, aigri, revanchard, frustré, et diablement pauvre dans sa tête, meurtri. A la fin de sa vie, quand il fera le bilan, j’aimerais pas être à sa place. Il aura beau prendre des douches, il puera toujours autant.

Qu'en pensent les gosses ? On leur dit que se détester, se craindre, est préférable à la complicité, au défi ludique d’un match de rugby. Certaines personnes semblent avoir besoin que les gens s'affrontent en vrai plutôt qu'en sport. Car c'est en divisant que les sans-couilles arrivent à sortir leur épingle du jeu, et malheureusement, à régner, pendant qu'on est trop occuppés à s'entre-déchirer.
Certaines personnes semblent avoir besoin que les délinquants restent des délinquants, en faisant en sorte que les flics restent des flics. C'est vrai quoi, des flics qui deviennent éducateurs sportifs, ça veut forcément dire que les délinquants sont en passe de s'en sortir. Ne plus avoir besoin de flic, c'est trop horrible pour les sans-couilles qui nous gouvernent. Car après, qui les défendra quand on en aura marre d'eux ? Et qui les aidera à appliquer leurs lois liberticides ? Qui les aidera à conforter leur pouvoir ?

Certains individus faibles et trop bêtes pour faire quelque chose de leur vie avec franchise et ouverture d'esprit, préfèrent une vie faite de manipulations. On se cache et on exploite les conflits des autres. Ainsi les banquiers et marchands d'armes sont les seuls à encourager tous les camps des guerres. Les "neutres" sont ceux qui sussurent à l'oreille des combattants de se ruer sur les autres. Et en plus il les financent, les arment. Et regardent le spectacle en comptant leurs dollars. Et à la fin, quand tout ce joli monde est affaibli, ils assoient leur autorité, ils démontrent leur importance. Ils exorcisent la frustration issue de leur complexe originel. Cette faiblesse, cette bêtise et cette peur transpirante et innée, n'est plus un handicap. Ils vivent de la mort des autres, car leur seule misérable vie, leur seul misérable corps, ne leur suffisaient pas. Ils sont "neutres", et pourtant ce sont eux, les véritables belligérants.

C'est le même principe pour les religions, qui subsistent de la culpabilité qu'elles impriment à leurs fidèles. Comme si le pape pouvait, lui, être exempt de cette culpabilité en vivant sur un trône en or massif, orné de croix serties de joyaux gros comme le poing. Comme si le christianisme pouvait tolérer le pape, l'inquisition, l'opus dei. Allez venez tous dans MON église, vous êtes coupables, vils et pêchez sans cesse; ne prenez pas de plaisir, ne vous évadez pas et surtout n'avortez pas, ne vous suicidez pas, n'abrégez pas vos souffrance, sinon vous irez en enfer... et accessoirement y'aura moins de monde à la quête c'est pas bon pour le business et les trônes en or. Et puis c'est si bon de vous voir vous prosterner par terre et d'entendre vos confessions. Car on veut tout savoir, tout contrôler. Pouah je peux pas saquer ces types.

Aujourd'hui, on nous dit en démocratie. Or les primates de tous bords qui nous gouvernent nous exaspèrent, années après années. Mais nous sommes trop fatigués pour songer à changer. Comme si le combat était perdu d'avance, comme si le feu révolutionnaire était douché par la déception de non-changement. Les jours de vote, on se murmure tous un "à quoi bon" général. Car on se dit inconsciemment que les dés sont pipés, que ce soit l'un ou l'autre qui soit élu, ce sera pire ou pire. Cette démocratie reste influencée par des élites, par des VIP. Par des gens faibles qui s'allient contre les autres pour trouver cette assurance qui leur fait cruellement défaut par nature. C'est "le maillon faible" grandeur nature, où les plus ignorants s'associent pour éliminer ceux qui respectent les règles, puis finissent par s'entretuer dans un combat absurde. Car il ne peut en rester qu'un.
Alors pour que les gens ne se rendent pas compte de la faiblesse de ceux qui les gouvernent, il faut brouiller les pistes. Pointer du doigt les syndiqués, les étrangers, les jeunes de banlieues. Les mettre en taule le plus tôt possible. Pourquoi pas les pister dès la maternelle, isoler le gêne de la racaille ? Il faut à tout prix des coupables à nos maux. Que les gens aient leurs coupables désignés, ainsi ils ne chercherons plus les vrais salopards.

Jouer au rugby avec eux, ce serait innocenter ces jeunes, montrer que tout cette racaille peut-être autre chose que de la racaille. Ce serait enfin embrasser le principe d'égalité entre les hommes. Ce serait dissocier ce qu'ils font, de ce qu'ils sont : des gosses, et non pas des bêtes violentes. Ce serait prouver que leurs actes ne sont pas dus à ce qu'ils sont, mais sont une réponse aux saloperies que cette société répand. Comme si un jeune ne pouvait pas changer. Comme si nous étions tous blanc comme neige tout au long de notre vie. Comme si on pouvait se résigner à vivre sagement dans des cités poubelles, pendant que les grandes villes deviennent des carrés VIP. Comme si la délinquance était le privilège des pauvres. Comme si on pouvait naitre avec cette idée innée de casser du flic et de bruler des voitures.

Ceux qui ont peur de ce choix, de cette reponsabilité du devenir, choisissent de nous définir à notre naissance. Les flics et les racailles. Les riches et les pauvres. Les aryens et les juifs. Les élus et les serfs. Les bons et les mauvais.
Cette fuite de responsabilité, cette négation du juste cheminement de la vie, révèle leur propre faiblesse, leur minuscule identité, et l'immense frustration qu'elle suscite en eux. Plutôt que de faire leurs preuves, ils vont gruger la vie et martyriser leurs frères. De tous temps, ces gens cherchent et obtiennent le pouvoir sur les hommes, semant la désolation sur leur passage, faisant se perdre le sens de toute vie. Apprenez à les reconnaitre.

16.2.03

Chaine alimentaire

Pourquoi on se sent mal quand on croise un sdf ? pourquoi on change de trottoir ? pourquoi on baisse les yeux ? parce que c’est irréel, parce que si on le considère, cela nous hôte toute raison de vivre dans ce monde. Parce que ce sdf exprime notre irréalité, notre insignifiance, notre orgueil, nos faiblesses, notre impuissance, notre monde cruel et raté. Parce que ce sdf est la preuve même que vous n’existez pas. Parce que si vous le considérez, il existe, et vous, vous n’existez pas. Votre monde, votre vie, n’a plus de sens. Ce sdf, c’est votre mort, votre peur. Chaque sdf croisé est une petite mort pour vous.

Et en même temps ce paradoxe. Notre premier réflexe est un sentiment honteux de culpabilité, mélé à une peur panique du pauvre sans attache. Elle nous fait changer de trottoir ou de wagon. La peur de celui qui n'a rien à perdre, qui peut se permettre de gueuler et de se compromettre au regard des autres. Ca, ça nous fout en l'air, car on en est incapable, se mettre en scène comme ça et subir le jugement en société. On est phobique de ça. Quand au sentiment honteux de culpabilité, il ne vient pas forcément du fait qu'on les plaint d'être pauvres. Je crois qu'en fait on se plaint nous même de jouer le jeu qui les rend pauvres. Et de ne pas être si heureux que ça. On se rend compte que le prix à payer est énorme, et qu'en plus ça n'apporte pas le bonheur. Juste une accoutumance aux quelques euros qui se cachent au fond de notre poche et auxquels on s'aggrippe comme un mort de faim, en répétant dans sa tête le "non, j'ai rien" que l'on s'apprête à lancer à ce malheureux. Qui lui, pour le coup, est mort de faim. A chaque fois, une composition qui mérite un Oscar. La honte que l'on ressent, elle vient du fait que même le sourire qu'il nous demande en dernier recours, même ça, on est incapable de lui fournir. Et ça, ça finit de nous foutre en l'air.

Après cette phase de peur honteuse, notre raison d'homme moderne civilisé prend heureusement le dessus, nous réconforte, nous caresse subtilement le poil en nous sussurant des mots doux au creux de notre conscience. Non tu n'es pas coupable, c'est un fainéant. N'oublie pas, tu es un travailleur, et lui c'est un fainéant. Il est sale, il pue, il a des maladies et il mérite son sort. Il n'a qu'à bosser, et embrasser la même vie de merde que toi.
Les plus "téméraires" d'entre nous osent en effet détourner le regard sans se montrer hésitant ou coupable. Et parfois s'essayer au rôle de moralisateur. Tu ne boiras pas d'alcool (non c'est reservé aux riches travailleurs), tu ne fumeras ni te drogueras pas (idem). Parfois leur auto-persuasion est incroyable d'efficacité. Mais ça ne dure jamais longtemps. Sauf si on est effectivement une raclure sans nom.

Alors pour nous faciliter la tâche on préfère voter des lois, ayant pour but de masquer la pauvreté, bombarder les opprimés, interdire les gênants. On sera enfin tranquille avec notre conscience. On aura enfin l’impression de vivre dans un monde sensé.
Et puis un jour, les sdf on les parquera ailleurs, ils font fuir les touristes, ils sont trop et gâchent ce semblant de beau quartier, de fausse bonne ambiance, de fausse joie de vivre qui emplit l’homme du monde libre. Bientôt nous inventerons du répulsif ou des pièges anti-sdf. Dans certaines villes, ils sont d’ores et déjà interdits de séjour. Et interdits d’alcool. Non, pas d’alcool, vous n’aurez droit à rien pour apaiser vos souffrances. Souffrez en silence, mais lucides !

Je me suis dit que, quand on aura massacré toute la viande animale de la planète, on se bouffera entre nous. On sera alors devenu physiquement notre propre prédateur. De toute façon, l'ultra libéralisme, c’est ça. Il dénonce les monopoles, mais sa limite, son horizon, est pourtant le monopole, l’unité. Il donne un visage humain à la loi de la jungle. Nous sommes déjà nos prédateurs, le golden boy mangeant la secrétaire, le pdg mangeant l'employé, le vendeur mangeant le client. Alors on deviendra cannibales, on vantera d’abord les mérites de la viande sdf, élevée en pleine nature, nourris aux bonnes poubelles. Puis celle du salarié. Et ainsi de suite. Et à la fin, le dernier connard essaiera de se manger la bouche.